Discernement spirituel

Comment savoir ce qui vient vraiment de Dieu ? Comment savoir ce qu'on dit vient de Dieu ?
Comment savoir ce qu'on reçoit vient de Dieu ? 


Il est 4 heures de l'après-midi. Une femme est assise à la table de sa cuisine, les mains serrées, le téléphone posé devant elle. Elle vient de prendre une décision qu'elle croyait venir de Dieu. Une voix intérieure, chaude, insistante, presque envoûtante, lui avait murmuré depuis des semaines qu'elle devait tout quitter. Son travail, sa ville, son Eglise. Elle a obéi. Elle a écrit la lettre de démission.

Et maintenant, alors qu'elle regarde cette lettre devant elle, une autre voix, plus petite, plus lente, lui souffle une question terrifiante. Et si ce n'était pas lui ?
Voilà le problème. Nous vivons dans une époque où tout le monde entend quelque chose. Une impression, un rêve, un frisson, un signe. Et, la plupart des chrétiens croient sincèrement que si une pensée est belle, spirituelle ou paisible, alors elle vient forcément de Dieu. Mais ce n'est pas ce que la Bible enseigne.

Retournons trois mille ans en arrière. Un jeune garçon dort dans le temple de Silo. Il s'appelle Samuel. « La lampe de Dieu ne s'est pas encore éteinte », nous dit le texte. Et, dans l'obscurité une voix l'appelle par son nom. Samuel se lève et court vers Elie, le vieux prêtre. « Me voici, tu m'as appelé. » Elie le renvoie se coucher. Il ne l'a pas appelé. Cela se produit une deuxième fois, puis une troisième. Et, voici le détail que la plupart des gens manquent en lisant ce récit.

Le texte dit ceci, au 1 Samuel 3:7 .« Samuel ne connaissait pas encore l'Éternel, et la parole de l'Éternel ne lui avait pas encore été révélée. »
Samuel entend Dieu, réellement, audiblement. Et pourtant, il ne le reconnaît pas. Il faut un homme plus âgé, un homme d'expérience, pour lui dire comment répondre, comment discerner, comment savoir.

C'est ici que commence l'énigme du discernement spirituel. Beaucoup de chrétiens supposent que si Dieu parle, ils sauront instantanément. Comme si sa voix arrivait avec une signature lumineuse, un badge de vérification céleste. Mais, l'histoire de Samuel démolit cette illusion. Entendre n'est pas comprendre. Ressentir n'est pas discerner. Et, être sincère ne garantit absolument pas d'être dans le vrai.

Le mot hébreu utilisé pour « discerner » dans les Écritures est « bén ». Ce n'est pas un mot passif. Il signifie séparer, distinguer, examiner avec attention, comme un artisan qui trie des pierres précieuses de simples cailloux. Le discernement n'est pas une intuition qui tombe du ciel. C'est un travail. Un travail lent, patient, apprivoisé par la parole et par le temps. Voilà pourquoi tant de croyants se retrouvent, après avoir pris une décision qu'ils croyaient venir de Dieu, à se demander s'ils ont vraiment entendu sa voix ou seulement leur propre désir déguisé en volonté divine. Ils ont sauté l'étape que Samuel a dû apprendre. L'étape où l'on cesse de courir vers chaque voix et où l'on apprend d'abord à connaître celui qui parle.

Le discernement ne commence pas quand tu entends. Il commence quand tu apprends à écouter. Il y a un mot que la culture moderne adore. Un mot que l'on retrouve dans les livres de développement personnel, dans les podcasts, dans les prédications parfois. Ce mot, c'est intuition. Ecoute ton coeur ou suis ton ressenti. Si ça semble juste, c'est que ça l'est...

Il y a un problème, un problème énorme et la Bible le nomme sans détour. Jérémie 17:9. « Le cœur est tortueux par-dessus tout, et il est méchant: Qui peut le connaître? » 
Arrête-toi sur ce mot, "tortueux." En hébreu, c'est Jacob. Le même mot que l'on retrouve dans le nom de Jacob, celui qui saisit par le talon, celui qui trompe. Le prophète nous dit littéralement que notre coeur est un trompeur né. Il ne nous ment pas seulement de temps en temps. Il nous ment de manière structurelle. C'est sa nature.

Alors, imagine la scène. Tu pries pour une décision. Tu attends un signe. Et soudain, une paix descend sur toi. Tu te dis, c'est Dieu. C'est confirmé. Mais, est-ce vraiment la paix de Dieu ?
Ou, est-ce le soulagement de ton cerveau qui vient enfin de trouver une réponse, n'importe laquelle, pour arrêter l'angoisse de l'incertitude ?
Est-ce le témoignage du Saint-Esprit ?
Ou, est-ce ton désir déguisé en révélation ?

Le prophète Jérémie n'est pas seul. Proverbes 28:26 frappe encore plus fort ; « Celui qui a confiance dans son propre cœur est un insensé, mais celui qui marche dans la sagesse sera sauvé. » 
Insensé, le mot est brutal. Il ne dit pas ; celui qui a confiance en son coeur est romantique, ou touchant, spirituel. 
Il dit ; c'est un insensé.

Et pourtant, combien de décisions désastreuses ont été prises au nom d'une intuition ?
Combien de mariages, de démisions, de ruptures d'Eglise, de dettes, de trahisons et etc... 
Tous justifient par ces trois mots empoisonnés ; j'ai senti que...
Voilà le défaut fondamental, l'intuition est un capteur, pas une boussole. Elle peut détecter quelque chose, mais elle ne peut pas te dire d'où ça vient. Elle ne distincte pas entre la voix du berger, la voix de la chair et la voix de l'ennemi, qui souvenons-nous se déguise même en ange de lumière, selon 2 Corinthiens 11:14 ; « Et cela n'est pas étonnant, puisque Satan lui-même se déguise en ange de lumière. »

Alors, si l'intuition ne suffit pas, il nous faut autre chose. Quelque chose de solide. Quelque chose d'extérieur à nous. Quelque chose que nos émotions ne peuvent fabriquer et ni corrompre. Dieu dans sa bonté nous a donné exactement cela ; " imagine un avion en pleine tempête où la visibilité est nulle. Son oreille interne dit qu'il monte, alors qu'en réalité il descend dans une spirale. Chaque pilote apprend cette leçon dès sa formation. En vol, des instruments, tu ne fais jamais confiance à ce que tu ressens, mais tu fais confiance aux instruments. Ce sont eux qui de disent la vérité, même quand tout ton corps te cri le contraire. "

C'est exactement l'image que Dieu nous donne dans sa Parole. Il ne nous a pas laissé voler à l'aveugle dans la tempête de nos émotions, Il nous a donné des instruments, des critères objectifs, des repères extérieurs stable quand tout vacille. Ecoute ce que dit l'apôtre Paul dans 2 Timothée 3:16-17 « Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre. »
4 verbes : enseigner, convaincre, corriger, instruire. 
La parole n'est pas décorative, elle est fonctionnelle, elle est le tableau de bord du croyant. 

Et, Jean dans sa première lettre ajoute une couche fascinante, 1 Jean 4:1 « Bien-aimés, n'ajoutez pas foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de Dieu, car plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. »
Le verbe grec ici est « dokimazō » Le même verbe est utilisé dans 1 Thessaloniciens 5:21 : « Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon. » 
Ce n'est pas un examen légé, c'est le mot qu'on a utilisé pour tester la pureté dans le métal précieux ; on le chauffait, on le frappait, on l'analysait pour voir s'il était authentique ou frelaté.

Jean nous commande de faire cela avec chaque voix, chaque impression, chaque prophétie, chaque conseil. Alors, quels sont ces instruments ?
Quels sont ces critères objectifs que Dieu nous a laissés ?

Les Ecritures nous en donnent trois, magnifiquement complémentaires. Trois filtres à travers lesquels toute pensée, toute impression, toute décision spirituelle doit passer. Le premier, c'est la parole de Dieu elle-même.
Est-ce que cette impression est alignée avec ce que Dieu a déjà révélé ?
Le deuxième, c'est le témoignage intérieur du Saint-Esprit. Est-ce que l'Esprit produit la paix, la conviction et le fruit qui accompagne sa voix ?
Le troisième, c'est la confirmation de la communauté des croyants. Est-ce que des frères et soeurs mûrs, sages, remplis de l'Esprit, confirment ce que tu penses entendre ?

Parce que Dieu n'a pas peur de la vérification. Il l'invite, Il l'a conçu. Le discernement biblique n'est pas un mystère réservé à quelques élus. C'est une méthode que Dieu a rendue accessible à tout enfant qui accepte d'utiliser les instruments qu'il a lui-même fourni.

Le désert de Judée. Un homme n'a pas mangé depuis quarante jours. Sa peau est brûlée par le soleil. Ses lèvres sont fendues. Son corps hurle de faim. Et, c'est à ce moment précis, ce moment de faiblesse maximale, que l'ennemi arrive. Non pas avec des cornes ou du feu, mais avec une suggestion douce, presque raisonnable. Il demande avec des mises en doute et de tentations ; - " Si tu es le Fils de Dieu, ordonnes à ses pierres de devenir du pain."
Et, voici la réponse de Jésus. Une réponse qui devient, pour tout croyant, le premier filtre du discernement spirituel. « Il les est écrits. »
Trois mots. Pas une émotion. Pas une intuition. Pas un ressenti mystique. Puis un deuxième assaut, et à nouveau, il est écrit. Et, un troisième, et encore, il est écrit. Le Fils de Dieu. Lui-même, en face du diable en personne, ne fait pas appel à ses sentiments. Il fait appel à la parole.

Et, si Jésus a utilisé ce filtre, qui sommes-nous pour prétendre nous en passer ?
Voici le principe. Toute impression, toute voix intérieure, toute prophétie, toute prétendue direction divine doit d'abord passer par ce test. Est-ce que ceci s'accorde avec ce que Dieu a déjà dit ? Parce que Dieu ne se contredit pas. Il ne peut pas. Le Dieu qui a inspiré les Ecritures n'est pas schizophrène. Il ne va pas te souffler à l'oreille quelque chose qui contredit ce qu'il a écrit dans son livre.

Ecoute Esaïe 8:20. « A la loi et au témoignage! Si l'on ne parle pas ainsi, Il n'y aura point d'aurore pour le peuple. » 
Autrement dit, si une voix, un enseignement, une impression, ne s'aligne pas avec la parole, il n'y a pas de lumière là-dedans. Peu importe combien c'est beau, peu importe combien c'est émouvant, peu importe combien c'est éloquent, sans alignement biblique, c'est de l'obscurité déguisée.

Et pourtant, combien de chrétiens sautent dans cette étape ?
Ils disent, Dieu m'a dit de quitter mon conjoint parce que je ne suis plus heureux. Vraiment ?
Le même Dieu qui déclare détester le divorce dans Malachie, chapitre 2 ?
Ils disent, Dieu m'a dit de m'endetter massivement pour ce ministère. Vraiment ?
Le même Dieu qui met en garde dans Proverbe 22 que l'emprunteur est esclave du prêteur ?
Ils disent, Dieu m'a dit que je pouvais couper les ponts avec cette personne de l'église. Vraiment ?
Le même Dieu qui, dans Matthieu 18, nous donne une procédure précise pour la réconciliation ?
Le mot grec pour écriture, c'est « graffer », ce qui est gravé, ce qui est fixé, ce qui ne bouge pas. Dieu nous a donné un point d'ancrage qui ne dérive pas avec les modes, ni avec nos humeurs, ni avec nos crises.

Voici donc la question à te poser, avant tout autre. Est-ce que ce que je pense entendre de Dieu est cohérent avec ce que Dieu a déjà écrit ?
Si la réponse est non, ce n'est pas Dieu. Peu importe l'intensité du sentiment, la parole écrite juge la parole ressentie. Toujours, sans exception.

Un soir, dans une chambre haute de Jérusalem, Jésus parle à ses disciples pour la dernière fois avant la croix. Il sait qu'il part. Ils ne le savent pas encore vraiment. Et, dans ce moment suspendu, il leur fait une promesse qui va changer l'histoire de l'humanité. Quand le Consolateur sera venu, l'Esprit de vérité, il vous conduira dans toute la vérité. Jean 16:13.

Arrête-toi sur ce mot. Consolateur. En grec, c'est « paraklétos », littéralement, celui qui est appelé aux côtés. Un avocat, un défenseur, un guide personnel. Ce n'est pas une force impersonnelle. Ce n'est pas une vibration. C'est une personne, la troisième personne de la Trinité, qui vient habiter le croyant et lui donner ce que la chair ne peut jamais produire, une sagesse d'en haut.

Voici donc le deuxième filtre. Après la parole écrite vient le témoignage de l'Esprit. Mais attention, ce filtre est le plus mal compris de tous, parce que la plupart des gens le confondent avec le sentimentalisme. Ils pensent que le Saint-Esprit parle par les frissons, les larmes ou les émotions fortes. Ce n'est pas biblique.

Comment reconnaît-on la voix de l'Esprit ? Jacques nous donne une réponse d'une précision chirurgicale. Jacques 3:17 ; « La sagesse d'en haut est premièrement pure, ensuite pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie. »
Cette marque, cette empreinte digitale, cette signature qui identifie un message qui vient réellement de l'Esprit. Pure, sans mélange, sans intention cachée, sans agenda égoïste, pacifique. Elle produit la paix, pas l'agitation. Modérée. Elle n'est pas extrême, pas frénétique. Conciliante. Elle cherche l'unité, pas la division. Pleine de miséricorde. Elle est oriente vers la compassion, pas vers le jugement. Pleine de bons fruits. Elle produit du concret, pas seulement du ressenti. Sans partialité, sans hypocrisie. Elle est cohérente, transparente, honnête.

Alors, avant de dire « l'Esprit m'a dit », passe ta pensée dans ce tamis. Est-ce qu'elle est pure ou est-ce qu'elle sert secrètement ton orgueil ?
Est-ce qu'elle est pacifique ou est-ce qu'elle nourrit une panique ?
Est-ce qu'elle est conciliante ou est-ce qu'elle prépare une rupture ?

Paul écrit aux Romains 8:16. « L'Esprit lui-même rend témoignage à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. »
L'Esprit ne crie pas, il confirme. Doucement, patiemment, il vient s'aligner à côté de ta conscience régénérée et il murmure « Oui, c'est cela, ou non, ce n'est pas cela. » La voix de l'Esprit n'écrase pas, elle éclaire, elle ne bouscule pas, elle apaise, elle n'exalte jamais ta chair, elle glorifie toujours le Christ.

Antioche, 1er siècle. Une salle simple éclairée par des lampes à huile. Cinq hommes sont réunis, Barnabas, Siméon, Lucius, Manahen et Saul. Ils jeûnent, ils prient. Et, voici ce que dit le texte Actes 13:2, pendant qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit ; « Pendant qu'ils servaient le Seigneur dans leur ministère et qu'ils jeûnaient, le Saint-Esprit dit: Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » 
Remarque quelque chose de crucial. Le plus grand missionnaire de l'Histoire, l'apôtre Paul, ne part pas en mission parce qu'il a eu une vision personnelle dans sa chambre. Il part parce qu'un groupe de croyants matures, priant ensemble, a entendu et confirmé l'appel de Dieu. La révélation individuelle a été validée par la communauté.

Voici le troisième filtre, et c'est celui que beaucoup de chrétiens détestent le plus, parce qu'il touche à notre idole préférée, l'indépendance. Proverbes 11:14 ; « Quand la prudence fait défaut, le peuple tombe; Et le salut est dans le grand nombre des conseillers. »  
Le mot hébreu pour conseiller, c'est « yaats », celui qui délibère, qui pèse, qui examine avec toi. Dieu a conçu le discernement pour qu'il soit partagé, pas dilué, pas voté à la majorité, mais confirmé par des voix mûres et remplis de l'esprit.

Pourquoi ce troisième filtre est-il si essentiel ? Parce que tes angles morts sont invisibles pour toi. C'est la définition même d'un angle mort. Tu ne peux pas voir ce que tu ne peux pas voir. Mais un frère, une soeur, un pasteur, une personne âgée dans la foi, eux, ils le voient. Ils te disent ; - " attends, je remarque quelque chose que tu ne remarques pas. Il y a de l'amertume dans ta décision. Il y a de la peur. Il y a de l'orgueil déguisé en zèle. Et cela fait mal. "

Personne n'aime être questionné. Mais écoute, Proverbes 27:6. Les blessures d'un ami prouvent sa fidélité, mais les baisers d'un ennemi sont trompeurs. Un vrai frère te blessera avec la vérité plutôt que de te caresser avec un mensonge. Attention cependant, ce filtre n'est pas un sondage populaire. Ce n'est pas « j'ai demandé à dix amis chrétiens et huit sont d'accord ». Non. La communauté qui discerne, c'est un cercle restreint de croyants qui connaissent la parole, qui marchent dans l'Esprit et qui te connaissent. Pas des connaissances, des témoins de ta vie.

Et, voici le paradoxe magnifique. Les gens les plus spirituellement matures sont toujours les plus ouverts aux conseils. Ce sont les immatures qui refusent d'être examinés. Ce sont les orgueilleux qui disent « Dieu m'a parlé à moi seul. Je n'ai besoin de personne ». Chaque fois que tu entends cela, sors le drapeau rouge. Parce que même Paul, l'apôtre qui a rencontré Jésus sur le chemin de Damas, est monté à Jérusalem pour soumettre son évangile aux autres apôtres. Galates 2. Si Paul avait besoin de confirmation communautaire, tu en as besoin aussi.

Le discernement solitaire est presque toujours un discernement trompé. La sagesse voyage en groupe. Un jardin, une lumière douce, une femme devant un arbre et une voix qui commence par une question, pas par un ordre. « Dieu a-t-il réellement dit ? » dans Genèse 3:1 ; « Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs, que l'Éternel Dieu avait faits. Il dit à la femme: Dieu a-t-il réellement dit: Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin ? »
Ce n'est pas une attaque frontale, c'est une insinuation, un doute planté avec délicatesse. Et remarque ceci, le serpent ne contredit pas complètement Dieu. Il tord légèrement ses paroles, il prend par exemple 95% de vérité et y ajoute 5% de mensonges. Et, c'est suffisant pour faire tomber toute une race. Voici la nature du problème.

Les voix, dans notre vie spirituelle, ne se présentent presque jamais en noir et blanc. Elles se mélangent, elles se superposent. Et l'ennemi, selon la deuxième lettre au Corinthiens, chapitre 11, verset 14, se déguise en ange de lumière.
Le mot grec est « metaschēmatizei ». Il change de forme extérieure, il porte un costume, il imite, il change du faux en vrai.

Alors identifions ensemble les trois voix qui parlent dans ta tête et comment les distinguer.
Première voix, ta propre chaire. C'est la voix la plus fréquente et la plus sous-estimée. Elle te murmure ce que tu veux entendre. Elle habille tes désirs avec du vocabulaire spirituel. Comme ; Dieu veut que je sois heureux. Dieu veut que je m'épanouisse. Dieu veut que je me protège. Fais attention.
Chaque fois qu'une voix intérieure valide exactement ce que ta chaire désire déjà, méfie-toi. Ce n'est peut-être pas Dieu, c'est peut-être toi avec un accent religieux.

Deuxième voix, l'ennemi. Sa signature est reconnaissable. Il accuse, il condamne, il pousse à l'urgence, à la panique, à l'isolement. Apocalypse 12, verset 10 l'appelle "l'accusateur de nos frères" qui les accuse jour et nuit. Si la voix te dit ; tu es nul, Dieu t'a abandonné. Personne ne te comprend. Agis vite avant qu'il ne soit trop tard.
Ce n'est pas Dieu. Dieu convainc, il n'écrase pas. Dieu appelle, il ne panique pas.

Troisième voix, le Saint-Esprit. Sa signature, nous l'avons vu, c'est la paix, la pureté, la cohérence avec la parole et le fruit qui construit plutôt que le fruit qui détruit. Mais voici le piège subtil. Parfois ces trois voix parlent en même temps. Ta chaire veut quelque chose et l'ennemi amplifie le désir. Et, tu prends un verset biblique hors contexte pour justifier le tout. C'est ce qui s'est passé pour Eve. C'est ce que le diable a tenté avec Jésus dans le désert en citant lui-même les Écritures. Oui, l'ennemi cite la Bible, mais mal, toujours mal.

Alors, comment démêler ?
Voici trois questions diagnostiques. Première question, cette voix me pousse-t-elle vers l'obéissance ou vers un compromis habillé ? Deuxième question, produit-t-elle en moi la paix profonde ou une agitation qui se déguise en zèle ?
Troisième question, est-ce que je fuis le conseil des autres ou est-ce que je l'accueille ?
Si tu fuis les questions, si tu évites les autres, si tu ressens le besoin urgent d'agir seul, avant que quelqu'un ne te parle, arrête-toi. Ce n'est presque jamais Dieu. Dieu n'a jamais peur d'être examiné. Seul le mensonge exige d'être cru sans vérification.

Un jardin, encore une fois, mais celui-ci s'appelle Gethsémané. Jésus est prosterné au sol. Sa sueur devient comme des gouttes de sang. Il sait ce qui l'attend, la croix, les clous, l'abandon, et il prie avec une intensité que l'univers n'avait jamais vue ; « Mon Père, s'il est possible que cette coupe s'éloigne de moi »
Jésus, le Fils de Dieu, exprime un désir contraire à ce qu'il sait être la volonté du Père. Il ne le cache pas. Il ne le refoule pas. Il l'exprime. Et puis, dans le même souffle, il ajoute la phrase qui change tout ; « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux » Matthieu 26:39.
Voici la vérité que peu de croyants veulent entendre.

Tu ne peux pas discerner correctement la volonté de Dieu tant que tu es encore secrètement attaché à la tienne. Tes désirs non purifiés déforment ton écoute. Ils agissent comme un aimant sous une boussole. L'aiguille bougera, mais elle ne pointera plus le vrai nord.

Le prophète Ézéchiel décrit ce phénomène avec une image glaçante. Chapitre 14, versets 3 et 4. Ces gens-là portent leurs idoles dans leur coeur. Puis Dieu ajoute, « Si un tel homme vient consulter le prophète, moi, l'Éternel, je lui répondrai malgré la multitude de ses idoles ».
Le mot hébreu pour « idole » ici, c'est « gillûlîm ». Un mot vulgaire, méprisant. Il signifie littéralement quelque chose comme des blocs de fumier. Dieu ne les appelle pas des idoles délicates. Il les appelle des ordures que nous chérissons.

Et, voici le principe terrifiant que Dieu établit. Quand un homme vient chercher la direction divine avec des idoles cachées dans le coeur, Dieu lui répond selon ses idoles. Autrement dit, il le laisse être trompé par ses propres désirs. Il permet que l'écho de son coeur idolâtre lui revienne, sonnant comme la voix de Dieu. C'est effrayant, n'est-ce pas ? Cela veut dire qu'il est possible de prier sincèrement, de chercher Dieu avec ferveur, et d'être quand même trompé, parce qu'on n'a pas voulu lâcher ce qu'on aimait plus que lui.

Alors, comment purifier le coeur avant de discerner ?
Trois pratiques bibliques. D'abord, l'aveu radical. Nomme devant Dieu ce que tu veux vraiment, pas ce que tu penses devoir vouloir, ce que tu veux réellement. Jésus a été honnête à Gethsémané, sois-le aussi. Dieu ne rejette pas ta franchise, mais il dénonce ta duplicité.

Ensuite, le renoncement conscient. Prononce à haute voix, si nécessaire, cette phrase. « Seigneur, même si ta réponse est le contraire de ce que je désire, je te suivrai. »
Jusqu'à ce que tu puisses dire cela avec un coeur en paix, tu n'es pas prêt à entendre clairement.

Enfin, l'attente patiente.
Le psalmiste écrit « Espère en l'Éternel ! Fortifie-toi et que ton cœur s'affermisse ! Espère en l'Éternel ! » Psaumes 27:14.
Le discernement précipité par un coeur non purifié est presque toujours une catastrophe déguisée en obéissance. Voici la loi spirituelle ; plus ton coeur est libre de vouloir ce que Dieu veut, plus ta capacité à entendre ce qu'il dit devient claire.

Le discernement ne commence pas dans les oreilles, il commence dans les mains ouvertes. Il est 7h du matin, tu tiens ta tasse de café, ton téléphone vibre, un message, un choix à faire, une réponse à envoyer, une décision, petite ou grande, qui attend ? C'est ici, dans ces instants ordinaires, que le discernement devient réel. Pas dans les retraites spirituelles, pas dans les grands moments dramatiques, dans ta cuisine, ton bureau, ta voiture.

L'auteur de l'épître aux Hébreux nous donne une image extraordinaire au chapitre 5, verset 14. « Mais la nourriture solide est pour les hommes faits, pour ceux dont le jugement est exercé par l'usage à discerner ce qui est bien et ce qui est mal. » 
Le mot grec pour exercer, c'est « gymnazo », la racine du mot gymnastique. Le discernement s'entraîne, c'est un muscle. Il grandit par la pratique répétée, pas par la révélation soudaine.

Alors, voici comment mettre en pratique tout ce que nous avons appris, n'hésite pas de l'écrire pour t'en souvenir, (juste pour le début). Un protocole simple, quotidien, que tu peux appliquer dès aujourd'hui.

  • Etape première, nomme la décision. Écris-la, si possible. Rends-la précise. Pas « je cherche la volonté de Dieu pour ma vie », trop vague. Plutôt « dois-je accepter cette proposition professionnelle ? » ou « dois-je avoir cette conversation difficile cette semaine ? » Le discernement flou produit des réponses floues.
  • Etape deuxième, passe la décision au premier filtre, la parole. Ouvre les écritures. Pas pour piocher un verset au hasard, mais pour vérifier. Est-ce que ma direction viole un commandement clair ? Est-ce qu'elle contredit un principe biblique ? Si oui, la conversation est déjà terminée. Ce n'est pas Dieu.
  • Etape troisième, passe la décision au deuxième filtre, l'esprit. Prends du temps dans le silence. Pas trois minutes entre deux notifications, du vrai silence. Et observe. Est-ce que la paix profonde s'installe quand tu envisages cette voie ? Ou est-ce qu'il y a une agitation persistante, une inquiétude que la sagesse ne produit jamais ? 
  • Etape quatrième, passe la décision au troisième filtre, la communauté. Choisis deux ou trois personnes. Pas ton meilleur ami qui te dira toujours oui. Choisis des croyants mur qui connaissent la parole et qui t'aime assez pour te contredire, présente-leur de la situation honnêtement. Ecoute leur retour, sans te défendre. 
  • Etape cinquième, purifie ton coeur, revient à Gethsémané par expression, ouvre les mains et dit à Dieu ; même si la réponse est non, je te suivrai. J'attends que ce soit vrai en toi. 
  • Etape sixième, décide avec paix. Le discernement mature n'attend pas une certitude à 100%. Il agit avec la lumière qu'il a, en confiant le reste à Dieu. Comme Paul disait au Philipiens ; l'appel de Dieu qui surpasse toute intelligence gardera vos coeur.
  • Et, voici la dernière vérité ; tu vas te tromper parfois. Tu vas mal interpréter, tu vas confondre ta voix avec la sienne, et cela fait partie du chemin.

Dieu est assez grand pour rediriger un enfant sincère qui marche mal. Proverbe 16:9 ; « Le cœur de l'homme médite sa voie, Mais c'est l'Éternel qui dirige ses pas. »
Ta responsabilité est de méditer honnêtement. Sa responsabilité c'est de diriger fidèlement. Le discernement n'est pas une performance de perfection, c'est une marche d'obéissance humble.

Reviens un instant de cette femme du début. Il est 4 heures de l'après-midi. Une femme est assise à la table de sa cuisine, les mains serrées, le téléphone posé devant elle. La question terrifiante : Et, si ce n'était pas Lui ?
Regarde maintenant tout ce que nous avons traversé. Quatre fils conducteurs se sont tissés sous nos yeux ;
 

  1. Premier fil ; l'humilité, nos coeurs sont trompeurs, et le seul chemin de la vérité commence par l'admettre.
  2. Deuxième fil ; l'objectivité de la parole, Dieu nous n'a pas laissé à l'amercie de nos ressenti. Il a fait écrire sous inspiration de son Esprit. 
  3. Troisième fil ; la douceur de l'Esprit, Il ne crit pas, Il confirme, Il oriente, Il pacifie.
  4. Quatrième fil ; la nécessité de la communauté, nous ne sommes pas conçu pour discerner seul.

Vue ensemble, ces quatre fils forment une corde solide. Une corde qui peut te tenir sur n'importe quel gouffre de décision.

Alors, la prochaine fois que tu te retrouveras face à une décision avec cette question qui tourne dans ta tête ; est-ce que c'est vraiment Dieu qui me conduit ?
Tu seras quoi faire. Tu ne courras plus derrière chaque voix. Tu ne prendras plus chaque frisson pour insigne. Tu ouvriras la Bible. Tu écouteras l'Esprit dans le silence. Tu appelleras un frère, une soeur. Et, tu ouvriras les mains devant le Père.

Si cette étude vous a éveillez vos sens d'écoute et de compréhension, et que vous pensez qu'elle peut aider une personne, alors partagez là sans modération. AMEN
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