Les refus de Jésus
Pourquoi Jésus n'arrêtait-il pas de refuser la femme Cananéenne ? - Le parabole des 10 vierges - Même Parole ailleurs avec d'autres explications de compréhension
Pourquoi Jésus avait refusé la femme Cananéenne ?
Une mère désespérée vient trouver Jésus pour qu'il l'aide. Il la repousse. Elle le supplie une deuxième fois. Il lui répond que ce n'est pas pour elle. Elle le supplie une troisième fois. Et cette fois-là, il la compare à un chien.
Il lui dit qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter au petit chien. Ce sont les paroles les plus dures que Jésus ait jamais adressées à quelqu'un venu lui demander son aide. Et, à première lecture elle dérange, elle trouble les lecteurs depuis vingt siècles.
Mais il y a un détail que presque personne ne remarque. Avant même que cette femme ouvre la bouche, quelque chose s'était déjà produit. Pas ce jour-là. Neuf siècles plus tôt. Quelqu'un d'autre avait franchi exactement la même frontière pour entrer en terre païenne. Et ce qui s'y est passé change complètement la manière dont on lit cette scène.
Pour comprendre pourquoi Jésus réagit ainsi, il faut d'abord remonter neuf cents ans en arrière vers 860 avant Jésus-Christ, à l'époque du prophète Elie. Israël traverse une famine qui dure trois ans et demi. Et, Dieu fait une chose étonnante. Il envoie Elie, hors d'Israël, de l'autre côté de la frontière, en territoire sidonien, une terre païenne, vers une ville appelée Sarepta. Là, dit Dieu, une veuve le nourrira. Elle n'a aucune alliance avec le Dieu d'Israël. Quand Elie arrive, elle le lui dit simplement. Il ne lui reste qu'une poignée de farine dans un pot et un peu d'huile dans une jarre, de quoi préparer un dernier repas pour elle et pour son fils avant de mourir de faim. Elie lui demande de lui préparer d'abord un peu de pain. Elle le fait, et l'Ecriture rapporte ce qui arrive ensuite.
Le pot de farine ne se vida pas, et la jarre d'huile non plus, conformément à la parole que l'Eternel avait prononcée par l'intermédiaire d'Elie. Ce récit est resté gravé dans la mémoire d'Israël pendant neuf cents ans. Et il y a une chose qu'il faut savoir. Jésus lui-même reviendra sur ce récit.
Un jour, dans la synagogue de sa propre ville, il déclare à la foule qu'il y avait beaucoup de veuves en Israël à l'époque d'Elie. Et pourtant, Elie n'a été envoyée vers aucune d'entre elles, mais vers une veuve qui vivait à Sarepta, dans le pays de Sidon. Autrement dit, Dieu a passé outre toutes les veuves d'Israël pour secourir une étrangère.
La réaction de la foule, elle se lève pour le précipiter du haut d'une colline. Cette vérité, que la grâce de Dieu déborde les frontières d'Israël, leur était insupportable à entendre. Gardons cela en tête et revenons à notre scène.
L'Ecriture précise que Jésus se rendit dans la région de Tyre et de Sidon. On pourrait imaginer une simple marche, un moment de repos loin de la foule. Mais regardez le lieu. Tyre et Sidon. Sidon. C'est précisément là qu'Elie avait été envoyée. Jésus ne se promène pas au hasard. Il pose ses pas dans les pas d'Elie. Il revient sur cette terre même où, neuf siècles plus tôt, une femme étrangère avait été nourrie par Dieu. Et, c'est précisément là, sur cette terre, qu'une mère désespérée vient le trouver.
Voici donc la vraie question. Si le lieu lui-même parle déjà de miséricorde, pourquoi Jésus la repousse-t-il trois fois ?
Et, comment la phrase qui semble la plus dure, celle du chien, devient-elle le moment exact où une table fermée s'ouvre grand ?
La réponse se cache dans un seul mot grec. Beaucoup de chrétiens lisent ce passage et se posent les mêmes questions. Pourquoi Jésus est-il si froid ?
Pourquoi ignore-t-il une mère qui pleure pour sa fille ?
Vient-il vraiment de la traitée de chien ?
Cela ne ressemble pas au Jésus que nous connaissons. Et, souvent, on referme le passage sans savoir qu'en faire. Mais le texte, lu de près, dans la langue où il a été écrit, dit toute autre chose.
D'abord, le mot que l'écriture emploie pour nommer cette femme. En grec, c'est « chananaïa Cananéenne ».
Et, c'est un mot très particulier. Dans tout le Nouveau Testament, il n'apparaît qu'ici, une seule fois.
Un autre évangile raconte la même scène, mais l'appelle « Syro-phénicienne ». C'est simplement sa région, sa géographie.
Matthieu, lui, choisit un mot bien plus lourd de sens, « Cananéen ».
Pour une oreille juive, ce mot réveille toute une mémoire. Les Cananéens, c'était le peuple qui habitait le pays avant Israël, le peuple lié à Baal et aux idoles, le peuple que Josué avait affronté. En un seul mot, Matthieu place devant nous la personne la plus improbable qu'on puisse imaginer venir se jeter aux pieds d'un maître juif. Et pourtant, c'est elle qui vient.
Ecoutez comment elle s'adresse à lui.
« Seigneur, fils de David, aie pitié de moi. »
« Fils de David », c'est un titre précis, un titre royal, le titre du Messie promis à Israël. Cette femme, que rien ne reliait à Israël, sait exactement qui est Jésus. Ce n'est pas une supplication vague lancée à un guérisseur de passage, elle sait devant qui elle se tient. Et, la réponse de Jésus ?
Rien. Jésus ne lui répondit pas un mot.
Le verbe grec employé ici, « apokrinomaï », c'est le verbe « répondre ». Le texte ne dit pas que Jésus ne l'a pas entendu, ni qu'il était distrait. Il dit qu'il ne lui répond pas. Ici, le silence n'est pas une absence, il est déjà une réponse. Jésus choisit de se taire. Et, nous allons voir pourquoi ce silence n'était pas un rejet.
Les disciples, eux, réagissent vite. Ils viennent trouver Jésus et lui disent ; « Renvoie-la, renvoie-la, car elle ne cesse de nous suivre en criant. »
Remarquez bien, ce n'est pas de la compassion. Ils ne demandent pas à Jésus de l'aider. Ils demandent qu'on la fasse partir. C'est de la gestion de foule. Elle dérange, elle crie, elle insiste. Alors, ils veulent fermer la porte. Ils protègent d'une frontière.
Et, Jésus répond. Mais à eux, pas encore à elle ; «
Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdus du peuple d'Israël. »
Mettez-vous un instant à la place de cette mère. Ces mots ne disent pas seulement la « non ». Ils disent « Le pain n'est pas pour toi. Ton nom n'est pas sur la liste. Tu n'es pas de la maison. »
Que fait-elle ?
On s'attendrait à ce qu'elle s'en aille. Il ne reste que quelques mots, réduits à l'essentiel ; « Seigneur, viens à mon secours. »
Plus de titres à déployer, plus d'arguments. Juste une mère, à genoux, et une supplication dépouillée de tout. Seigneur, viens à mon secours.
Et, c'est là que tombe la phrase la plus dure. Jésus lui répond « Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. »
Sur le papier, ces mots sont brutaux. Le pain des enfants, jeter aux chiens. On comprend que ces paroles déconcertent. Mais il y a dans la langue d'origine, un tout petit détail qui change tout. Un seul mot. Et une fois qu'on l'a vu, on ne lit plus jamais cette scène de la même façon.
En grec, il existe deux mots pour dire « chien ». Le premier, c'est "kuõn", (appellation Kionne).
C'est le chien des rues, le charognard, celui qu'on emploie comme une insulte, l'animal impur qui rôde dehors, (l'explication du chien errant de dehors, qui est pour la désignation des personnes qui se moque de ce qui est sacré, se moque des croyants. Des personnes qui ne seront pas là à vous écouter, mais à vous rabaisser de votre foi). Si Jésus avait voulu la rejeter, la mépriser, la chasser au loin, c'est ce mot-là qu'il aurait utilisé. Mais ce n'est pas le mot qu'il choisit. Le mot qu'il emploie, c'est "kunarion", (appellation Kinarion). Et kunarion, ce n'est pas le chien des rues, c'est le diminutif, le petit chien, le chiot de la maison, l'animal familier qui vit à l'intérieur, sous la table, au milieu des enfants. Vous voyez le déplacement ?
Jésus ne la jette pas dehors. Dans l'image qu'il emploie, elle n'est pas dans la rue avec les charognards. Elle est déjà à l'intérieur de la maison. Sous la table, oui, mais dans la maison.
Et elle, cette femme païenne, sans instruction, sans formation théologique, saisit l'image au vol. Elle ne revendique pas une place à la table. Elle ne demande pas à être servi comme les enfants. Ecoutez sa réponse ; « C'est vrai, Seigneur. Et pourtant, les petits chiens mangent dans les miettes qui tombent de la table de leur maître. »
Regardez le mot qu'elle emploie pour "miette". En grec, "psychion". Lui aussi est un diminutif, la toute "petite miette".
Elle prend le petit mot de Jésus, "kinarion", "le petit chien", et lui répond par un autre petit mot, psychion, la petite miette. Elle ne contredit pas Jésus. Elle entre dans son image. Elle reprend la métaphore qu'il vient de poser et y trouve la seule ouverture qu'il avait laissée. Et, ce qu'elle dit, en profondeur, est d'une justesse stupéfiante. Elle ne revendique pas une place à la table. Elle ne demande pas à être servi comme les enfants. Elle demande seulement ce qui tombe, les miettes, le trop plein, ce qui ne coûte rien à personne. Ce n'est pas un argument fondé sur un droit. C'est un argument fondé sur l'abondance. Elle a compris qu'à la table de Dieu, il y a tellement de pain que même ce qui tombe suffit à sauver sa fille.
La suite relie cette femme à une promesse aussi ancienne qu'Abraham lui-même. Souvenez-vous de ce que Dieu avait dit à Abraham tout au début. Toutes les familles de la terre seront bénies à travers toi. Toutes les familles. Pas seulement Israël. Israël avait été choisi, mis à part, mais pas pour garder la bénédiction pour lui seul. Israël avait été choisi pour être une table que les autres peuples pourraient atteindre.
Et, voici cette femme cananéenne qui, sans le savoir, sans avoir jamais étudié les Ecritures, exprime à voix haute la vocation première d'Israël. En demandant des miettes, elle nous rappelle à quoi la table était destinée depuis le commencement ; à déborder. Et là, tout bascule.
Jésus lui dit « Ô femme, ta foi est grande, qu'il en soit donc comme tu le veux ». Et le texte le précise. À l'heure même, sa fille fut guérie. Pas le lendemain. Pas après une épreuve de plus. A l'heure même, instantanément.
Et cette phrase « ta foi est grande » mérite qu'on s'y arrête. Dans tout l'évangile de Matthieu, il n'y a que deux personnes dont Jésus loue la foi à ce point. La première n'est ni un prêtre d'Israël, ni un disciple, ni un docteur de la loi. C'est un officier romain. Un centurion. Un étranger.
Et, la seconde, c'est elle, cette mère cananéenne. Deux fois, Jésus s'émerveille d'une foi immense. Et, les deux fois, c'est quelqu'un du dehors, sans alliance, sans titre, sans droit d'entrée. Matthieu n'a pas placé cela là par hasard. Il dessine un motif. Et, ce motif devient encore plus clair quand on prend du recul et qu'on regarde où se situe ce récit.
Juste avant, au chapitre 14, Jésus avait nourri cinq mille personnes. Une foule juive. Et il était resté douze paniers de pain. Douze ! Comme les douze tribus d'Israël. Puis, juste avant de franchir la frontière, il avait affronté les pharisiens sur une question précise. Qu'est-ce qui rend vraiment un homme impur ?
Et, sa réponse avait été claire ; «
ce n'est pas ce qui entre du dehors qui souille un homme. »
Et, aussitôt après cette parole, il franchit la frontière. Il entre en terre païenne et il rencontre cette femme. Ce ne sont pas des événements épars. C'est une progression, pas après pas.
Et, voici ce qui vient ensuite, juste après cette rencontre. Là, des foules viennent à lui, il les guérit et elles rendent gloire au Dieu d'Israël. Puis Jésus nourrit de nouveau une foule. Non plus cinq mille, mais quatre mille personnes. De ce côté-ci de la frontière, sur la terre qu'il vient d'atteindre. Et cette fois, il reste sept paniers. Le premier pain avait nourri Israël. Ce second pain est partagé de l'autre côté de la frontière. Là où, quelques instants plus tôt, une mère mendiait des miettes.
Voyez-vous maintenant qui est cette femme dans le récit ?
Elle n'est pas une interruption. Elle n'est pas un incident gênant au milieu du ministère de Jésus. Elle est la charnière. Le moment précis où les miettes deviennent un festin. Le moment où la porte qui semblait fermée s'ouvre pour de bon.
Et maintenant, revenez avec moi à la veuve de Sarepta, neuf siècles plus tôt. Souvenez-vous, il ne lui restait qu'une poignée de farine et un peu d'huile. Elle s'apprêtait à préparer un dernier repas, pour elle et pour son fils, avant de mourir. Et pourtant, ce dernier repas, elle le donna d'abord à un prophète étranger. Et, la farine ne s'épuisa pas. Non parce qu'elle l'avait mérité, mais parce qu'elle avait tout remis entre les mains de Dieu, qui n'avait pas encore fini de donner.
Neuf cents ans plus tard, sur la même terre, une autre femme demande encore moins. Pas une poignée de farine, seulement des miettes. Et elle ne reçoit pas une portion. Elle reçoit sa fille, pleinement rétablie. La table n'a rien perdu quand les miettes sont tombées. Elle s'est élargie.
Il y a encore un détail, dans un autre évangile, à ne pas manquer :
Quand Jésus la renvoie chez elle, il lui dit, "à cause de cette parole, va". En grec, « dia touton ton logon », à cause de cette parole que tu viens de prononcer.
Ce n'est pas seulement sa persévérance qui est honorée. Ce ne sont pas seulement ses larmes, c'est son raisonnement. Cette phrase sur les miettes, qu'elle a trouvées toute seule, c'est cela que Jésus met en avant. Il honore ce qu'elle a compris.
Et, imaginez un instant le chemin du retour. Elle n'a rien vu. Elle n'a pas assisté à la guérison. Elle repart avec une seule chose entre les mains. Une parole, Jésus guéris à distance. Une promesse prononcée à voix haute. Elle marche vers chez elle en ne portant que cela. Et, quand elle franchit la porte, elle trouve sa fille allongée, calme, apaisée, le tourment envolé. Deux personnes séparées par la distance. L'une qui suppliait au loin, l'autre qui recevait sans rien voir du combat.
Revenons un instant aux disciples. Leur réflexe, "renvois-là", était facile à juger. Mais, regardons les choses telles qu'elles sont. Ce n'était pas de la cruauté. C'était le réflexe de gens qui protègent d'une frontière, sans malveillance. Et, il faut ajouter un détail ; Jésus était entré dans cette région en cherchant précisément le calme et la discrétion. Les disciples protégeaient donc peut-être, sans le savoir, ce qui ressemblait au propre souhait de Jésus.
Et pourtant, Jésus s'arrête. Il répond. Il donne tout. Ce réflexe de fermer la porte, de protéger l'espace, d'écarter celui qui dérange, c'est un réflexe profondément humain. Le récit le place sous nos yeux, sans le condamner à la hâte. Il montre simplement combien il est facile d'écarter quelqu'un que Dieu lui-même était déjà en train d'appeler. Et, il y a dans cette scène quelqu'un qu'on oublie presque toujours, la fille. Elle n'apparaît jamais. Elle n'est pas là. Elle ne voit rien, n'entend rien, ne sait même pas que sa mère se bat pour elle devant Jésus. Et pourtant, c'est elle qui est guérie.
Quelqu'un peut être atteint par la prière d'un autre, une prière qu'il n'a pas vue, pas entendue, dont il ne sait rien. La supplication d'une mère a rejoint une enfant qui n'était même pas dans la pièce.
Et parfois, dans ce récit, celui qu'on tient à distance n'est pas seulement la femme. Il y a ceux qui, en lisant, se placent du mauvais côté de la porte. Ceux qui se disent ; «
je ne mérite pas que mes prières soient exaucées. Pas moi. Pas avec mon passé. Pas avec mes échecs. Pas après toutes ces prières que j'ai fini par abandonner. »
Un long silence de Dieu peut finir par ressembler à un verdict. On peut se convaincre que le pain était pour les autres.
Mais regardez cette femme. Elle avait toutes les raisons d'accepter d'être exclue. Le silence, le renvoi que réclamèrent les disciples. Jésus, en face d'elle, la comparant à un petit chien. Et, aucune de ces raisons n'a eu le dernier mot. Elle a continué de s'approcher. Et la farine ne s'est pas épuisée. Et, la table s'est révélée bien plus vaste qu'une table réservée.
Ce qui ressemblait à trois refus n'était pas un rejet. C'était une invitation déguisée. Chaque silence, chaque parole dure poussait cette femme non pas vers la sortie, mais vers une déclaration de foi que personne d'autre n'a fait ce jour-là. Ce qui ressemblait à un mur était en réalité une porte.
Elle est repartie avec sa fille, pleinement rétablie. Et à partir de ce jour-là, la table ne s'est plus jamais refermée. Parce que le pain n'a jamais été destiné à rester d'un seul côté. Ce que Dieu avait promis à Abraham, ce qu'il avait déjà laissé entrevoir à Sarepta, il l'a scellé ce jour-là, sur cette terre même. Sa grâce ne s'arrête pas là où s'arrêtent nos frontières. Là où les gens voyaient une étrangère, une intruse, une cause perdue, Dieu voyait une fille à ramener à la maison. Et, il la ramène à la maison aujourd'hui encore, quelle que soit main la porte, le passé ou le silence.
Venons maintenant aux paraboles des 10 vierges, toujours dans le thème sur le refus de Jésus, mais de quelle manière ?
Il est presque minuit. L'air est tiède, chargé du parfum des oliviers et de la poussière du chemin. Dix jeunes femmes attendent, debout, une lampe à la main. Elles rient, elles chuchotent, elles scrutent l'horizon. Ce soir un mariage se prépare, et l'époux, selon la coutume, peut arriver à n'importe quelle heure de la nuit. Mais quelque chose ne va pas.
Cinq d'entre elles tiennent une fiole d'huile serrée contre leur poitrine. Les cinq autres n'ont rien, juste une lampe, juste une flamme qui brûle déjà. Et, voici ce qui devrait te troubler. Les dix sont vierges. Les dix attendent le même époux. Les dix ont une lampe allumée. Extérieurement, rien ne les distingue.
Pourtant, à la fin de la nuit, cinq entreront dans la salle des noces, et cinq resteront dehors, devant une porte verrouillée, entendant une phrase glaçante, « Je ne vous connais pas ». La plupart des gens pensent donc que cette parabole parle des croyants et des non-croyants. Ce n'est pas ce que Jésus a dit. Il parle de dix vierges, dix personnes qui attendent le Seigneur, et c'est précisément ce qui rend ce texte si bouleversant.
C'est la même parole et le même sens dans le livre d'Apocalypse, où des prédicateurs avaient dit ; qu'ils ont parlé en son nom et faisaient des miracles en son nom. Mais, que pour finir Jésus ne les a pas connu.
Pour comprendre ce que Jésus raconte ici, il faut d'abord comprendre à quoi ressemblait un mariage au premier siècle, en Galilée. Parce que sans ce contexte, la parabole perd tout son poids. À l'époque de Jésus, un mariage juif ne se déroulait pas en une seule soirée. Il se déployait en plusieurs étapes, parfois étalées sur plus d'un an. Il y avait d'abord les fiançailles, appelées hérusin, un engagement légal aussi contraignant que le mariage lui-même.
Puis venait une période d'attente, pendant laquelle le fiancé retournait dans la maison de son père pour préparer la demeure du couple. Il ajoutait une pièce, il arrangeait le toit, il préparait tout. Et personne, pas même lui, ne savait exactement quand le père jugerait que tout était prêt. Quand le moment arrivait enfin, l'époux partait, souvent la nuit, accompagné de ses amis, avec des cris, des torches, des chants, pour aller chercher sa fiancée. C'est ce qu'on appelait la procession nuptiale.
Et, dans le village de la fiancée, des jeunes filles attendaient, lampes allumées, prêtes à rejoindre le cortège dès qu'il apparaîtrait sur le chemin. Voilà la scène que Jésus peint. Dix jeunes femmes, dans un village endormi, qui attendent le signal. Elles font partie du cortège d'honneur. Leur rôle est précis, éclairer le chemin de l'époux quand il arrivera et entrer avec lui dans la salle du banquet.
Mais regarde bien ; Jésus ne dit pas que cinq sont dehors et cinq sont dedans. Il ne dit pas que cinq sont croyantes et cinq sont païennes. Non, les dix sont invités. Les dix attendent. Les dix ont un rôle officiel dans l'anos, (ἄνοσος -> anosos). Extérieurement, elles se ressemblent toutes. Et c'est là que le mystère commence. Parce-que Jésus ajoute une phrase qui change tout.
Cinq d'entre elles étaient la folle et cinq étaient un sage. Le mot grec employé ici pour folle est « moré », de la même racine que notre mot « moron ». Il ne désigne pas une erreur intellectuelle. Il désigne une imprudence morale, une légèreté coupable, une négligence face à quelque chose qu'on aurait dû prendre au sérieux.
Et, voilà ce qui te glace. Dans le royaume, il existe deux groupes qui se ressemblent de l'extérieur. Même vêtement, même lampe, même attente, même église parfois. Mais à l'intérieur, une différence invisible décide de tout. L'anos, vois-tu, ne révèle pas les apparences. Elle révèle les réserves.
Arrêtons-nous sur un détail que beaucoup survolent. Jésus ne dit pas dix femmes. Il ne dit pas dix servantes. Il dit dix vierges. Le mot grec est « parthénois ». Ce choix n'est pas décoratif. Il est chargé d'un poids théologique immense. Dans toute la Bible, la virginité est associée à la pureté, à la consécration, à la mise à part pour quelque chose de sacré.
Quand Paul écrit à l'église de Corinthe, il utilise exactement cette image. L'église est la fiancée du Christ. Et une fiancée, dans l'imaginaire biblique, est quelqu'un qui a renoncé à d'autres attachements pour appartenir à un seul.
Donc, quand Jésus parle de dix vierges, il ne parle pas du monde païen. Il parle de celles qui sont officiellement engagées. Celles qui portent le nom. Celles qui se tiennent dans la bonne file, au bon endroit, avec la bonne étiquette.
Et, c'est ça qui doit te faire trembler. Être baptisé, fréquenter l'assemblée, connaître les cantiques, tout cela fait de toi une vierge du cortège. Mais, cela ne garantit pas que tu entreras dans la salle. Le piège, c'est de confondre l'état déclaré et l'état réel.
Les dix sont vierges, au sens où elles sont engagées, identifiées, reconnues. Mais cinq vivent une virginité de façade. Le statut sans la substance, le titre sans la tension intérieure qui va avec. Parthénos évoque quelqu'un dont toute la vie est orientée vers une seule rencontre, et c'est précisément ce qui manque aux cinq folles.
Elles portent le nom, mais leur coeur est ailleurs, distrait, somnolent, endormi sur ses acquis. Jésus ne condamne pas ici un comportement ponctuel. Il révèle un état de l'âme, une fidélité de vestiaire, qui s'habille le dimanche et se déshabille le lundi. La question brûlante n'est pas, es-tu dans l'église ? Mais, l'église est-elle vraiment dans ton coeur ?
Tu peux être vierge dans le registre, et étrangère dans l'intimité.
Zoomons maintenant sur la faute précise des cinq. Jésus le dit avec une sobriété redoutable. Les folles, en prenant leurs lampes, ne prirent pas d'huile avec elles, mais les sages prirent, avec leurs lampes, de l'huile dans des vases. Voilà, c'est tout. Pas de crime spectaculaire, pas d'adultère, pas d'apostasie bruyante, juste une absence, une réserve qu'elles n'ont pas constituée.
Ce qui condamne les cinq folles, ce n'est pas ce qu'elles ont fait, c'est ce qu'elles n'ont pas préparé. Le mot grec pour huile est
« élaïon ». Dans toute l'Écriture, l'huile est le symbole récurrent de l'Esprit de Dieu. Quand les rois étaient ouint, on versait de l'huile sur leur tête. Quand Samuel versa l'huile sur David, le texte dit immédiatement, « L'Esprit de l'Éternel saisit David à partir de ce jour. » L'huile n'est pas un détail liturgique, elle représente la présence intérieure, la vie de l'Esprit dans l'être profond.
Et les cinq folles n'en ont pas de réserve. Leur spiritualité fonctionne tant que l'ambiance est bonne, tant que le culte est vibrant, tant que l'époux semble proche. Mais dès que l'attente s'éternise, la flamme vacille, et la fiole est vide. Il y a des chrétientés qui brûlent, sans réserve. Des vies spirituelles qui consomment l'émotion du dimanche, sans jamais puiser dans l'intimité du lundi. Des croyants qui, une fois seul, dans le silence, dans l'épreuve, découvrent qu'il n'y a rien derrière la flamme.
Si tu sens, en écoutant cette parabole, que ta fiole est un peu légère, ne ferme pas cet article. C'est précisément pour toi que le Seigneur parle en ce moment. La grâce n'est jamais dans le détournement du regard, elle est dans l'honnêteté de la fiole vide tendue à celui qui peut la remplir.
La prière du matin que nul ne voit, la parole méditée sans public, la confession secrète, l'obéissance quotidienne, la fidélité invisible, tout cela, goutte après goutte, remplit la fiole. Et, le jour où l'époux tarde, ce qui te soutient, ce n'est pas ta flamme, c'est ta réserve.
Il y a une phrase dans cette parabole que beaucoup lisent sans la voir vraiment. Jésus dit « comme l'époux tardé, toutes s'assoupirent et s'endormirent ».
Le texte grec est plus fort encore. Il emploie le verbe « chroniso », prendre son temps, faire durer. L'époux ne fait pas que tarder, il prolonge délibérément l'attente. C'est là, dans cette lenteur apparente, que se joue le drame de toute la vie chrétienne.
Pourquoi tarde-t-il ?
Pierre répond dans sa deuxième épître, avec une tendresse saisissante, « Le Seigneur ne tarde pas dans l'accomplissement de la promesse, mais il eusse de patience envers vous, ne voulant pas qu'aucun périsse. » Le retard n'est pas un oubli, le retard est une miséricorde. Chaque jour prolongé, c'est une porte laissée entre-ouverte, un appel lancé encore une fois.
Mais voilà, le paradoxe cruel. Ce même délai qui sauve certains, en endort d'autres. On se dit « Il ne vient pas tout de suite, j'ai le temps. » Et pendant que le temps s'étire, la foi s'affaisse, la prière se raréfie, la flamme faiblit sans qu'on s'en rende compte. Remarque ce détail, Jésus dit « Toutes s'assoupirent et s'endormirent. Toutes. Les sages aussi. » La différence entre les deux groupes, ce n'est pas que l'un veille et l'autre dort, c'est que l'un s'est endormi avec de l'huile en réserve, et l'autre s'est endormi les mains vides.
Le sommeil est humain. Tu traverseras des saisons de fatigue spirituelle, des nuits où la prière sera sèche. Ce n'est pas cela qui te condamne. Ce qui compte, c'est ce que tu as mis de côté avant la nuit. Le retard de l'époux n'est pas une absence. C'est un test silencieux. Il révèle qui a construit, dans le secret, une foi qui peut traverser le silence.
Imagine la scène. Minuit. Un cri retentit au loin. Voici l'époux, allé à sa rencontre. Les dix vierges se réveillent en sursaut. Elles se frottent les yeux. Elles saisissent leurs lampes. Et là, dans la pénombre, un spectacle terrible se produit. Les lampes des cinq folles commencent à vaciller. La flamme tremble. Elle faiblit. Elle s'éteint.
Le texte grec dit « nos lampes s'éteignent ». Le verbe utilisé est « zbenintai », au présent continu. Ce n'est pas une extinction brutale. C'est un lent étouffement, une agonie de la flamme.
La mèche fume. La lumière devient orange, puis rouge, puis noire. Et pour comprendre la profondeur de cette image, il faut s'arrêter sur ce qu'était vraiment une lampe au premier siècle.
Une lampe de l'époque n'était pas une bougie. C'était un petit récipient d'argile, plat, rempli d'huile d'olive, avec une mèche de lin qui plongeait dedans. La flamme ne brûlait pas la mèche. Elle brûlait l'huile que la mèche aspirait. Tant qu'il y avait de l'huile, la mèche restait humide et la lumière tenait. Dès que l'huile manquait, la mèche se consumait elle-même, en quelques secondes, dans une fumée âcre.
Comprends bien ce que cela signifie pour ta vie spirituelle. La flamme que tu portes, ce n'est pas toi. Ce n'est pas ton énergie. Ce n'est pas ta volonté. Ce n'est pas ton tempérament religieux. La flamme, c'est ce qui brûle en toi quand l'huile de l'esprit alimente ta mèche. Sans l'huile, il ne reste que la mèche. Et une mèche sans huile ne brûle pas longtemps. Elle se consomme. Elle s'épuise. Elle s'éteint. Voilà pourquoi l'image de l'olivier traverse toute la Bible.
Le prophète Zacharie a une vision étrange. Deux oliviers qui déversent de l'huile dans un chandelier, en continu, sans intervention humaine. Et l'ange lui explique, ce n'est ni par la puissance, ni par la force, mais c'est par mon esprit, dit l'éternel des armées.
La lumière du peuple de Dieu ne vient pas de la performance. Elle vient de l'approvisionnement invisible de l'esprit. Jésus dit ailleurs, vous êtes la lumière du monde. Mais, il avait dit d'abord, de lui-même, je suis la lumière du monde. L'ordre compte. Tu ne brilles pas de ta propre source. Tu reflètes. Tu transmets. Tu portes une lumière qui n'est pas la tienne.
Et, le jour où tu te coupes de la source, la flamme s'éteint, même si la lampe est encore là. Même si tu te tiens encore dans la file du cortège. C'est peut-être le moment le plus déchirant de la parabole, parce que les cinq folles ne sont pas des moqueuses. Elles ne sont pas des rebelles. Elles ne sont pas en train de cracher sur les poux. Elles sont à la bonne place. Elles tiennent la bonne lampe. Elles attendent la bonne personne. Mais leur flamme meurt sous leurs yeux et elles ne peuvent rien y faire.
Il y a des gens, aujourd'hui, dans nos bancs d'église, qui vivent exactement ce moment. Leur lampe fume. Leur flamme vacille. Ils chantent encore, mais la lumière intérieure s'est éteinte depuis longtemps. Ils accomplissent les gestes, mais l'huile a disparu. Une lampe sans huile n'est pas une lampe, c'est un souvenir de lampe.
La scène bascule. Les cinq folles, paniquées, se tournent vers les cinq sages. - " Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s'éteignent ! "
- Les sages refusent. "Non, il n'y en aurait pas assez pour nous et pour vous. Allez plutôt chez ceux qui en vendent et achetez-en pour vous. "
Cela semble dur, mais c'est ici que la parabole livre l'une de ses vérités les plus difficiles à entendre.
Il y a des choses dans la vie spirituelle qui ne se transfèrent pas. L'huile, c'est la vie intérieure avec Dieu, la relation personnelle, intime, cultivée au fil des années. Personne ne peut te la prêter à la dernière minute. Ta mère peut prier pour toi, mais pas à ta place. Ton pasteur peut t'enseigner, mais pas croire à ta place. Le Psaume 49 le dit sans détour. «
Aucun homme ne peut racheter son frère. »
L'intimité avec Dieu est personnelle, elle est incessible. Les sages ne refusent pas par méchanceté, elles refusent parce que c'est impossible.
Regarde le verbe grec « agorazat », aller, acheter. Le verbe du marché, de l'effort, tu dois aller le chercher toi-même. Pas avec de l'argent, avec du temps, de l'attention, des nuits de prière, des matins de silence. Mais le verset suivant brise tout.
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva. Il arrive pendant l'absence, précisément au moment où elles courent chercher ce qu'elles auraient dû préparer bien avant. Ce n'est pas qu'elles aient refusé Dieu, c'est qu'elles aient voulu le chercher trop tard. La préparation se fait avant la crise, jamais pendant. Quand le cri retentit à minuit, les boutiques sont fermées. La nuit est noire. Ce que tu n'as pas cultivé dans le calme, tu ne l'improviseras pas dans la tempête, et maintenant, le moment que personne ne veut entendre.
Jésus dit avec une simplicité glaçante, celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces et la porte fut fermée. En grec, « kai ékleisen hē thýra ». Le verbe « kleíō » n'est pas neutre, c'est le verbe du verrouillage définitif. Pas la porte qu'on rouvrira au matin, la porte qu'on scelle.
Les cinq folles arrivent en courant, fioles remplies, espérant rallumer leurs flammes. Les lumières brillent à l'intérieur, la musique, les rires, les voix qu'elles reconnaissent, et la porte éclose. Elles frappent.
- " Seigneur, Seigneur, ouvre-nous ! "
Elles emploient le titre de respect. " Qui rit ? Qui rit ? "
Elles le reconnaissent comme Seigneur, mais la voix qui répond est celle que personne ne voudrait entendre ; « Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. »
Ce verbe « connaître », en grec, c'est « oïda ». Ce mot peut décrire le fait de savoir, de connaître ou de reconnaître, et selon le contexte, il peut aussi prendre une portée relationnelle. Ici, il ne s'agit pas simplement d'une reconnaissance superficielle : dans le contexte, il exprime un refus relationnel. L'époux ne dit pas simplement : « Je ne sais pas qui vous êtes. » Il leur dit : « Je ne vous connais pas. » L'idée est qu'il ne les reconnaît pas comme lui appartenant et qu'il n'y a pas de relation entre eux. Cela rappelle Matthieu 7, (que je développe plus loin). Plusieurs me diront :
— « Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? »
Et je leur dirai :
— « Je ne vous ai jamais connus. »
Même titre, même refus.
Le jugement n'est pas arbitraire. Il est la révélation publique d'un état qui existait déjà en secret. La porte fermée ne crée pas la séparation. Elle l'officialise. C'est pourquoi Jésus raconte cette parabole. Pas pour terroriser, pour réveiller.
Il y a encore, en ce moment, une marge. La porte n'est pas encore fermée. L'époux tarde encore, part miséricorde. La porte verrouillée n'est pas la cruauté de Dieu. C'est la fin du temps offert à la grâce. Élevons le regard.
Cette parabole ne parle pas seulement d'individus, elle parle de l'église entière. Jésus divise l'église visible en deux groupes. Pas les bons et les méchants, pas les croyants et les incroyants. Il divise les attendants, les sages et les folles, les profonds et les superficiels. Et ces deux groupes coexistent dans la même communauté, portent les mêmes lampes, chantent les mêmes chants, jusqu'à minuit.
L'église préfère penser qu'il y a les nous fidèles à l'intérieur et les oeufs perdus à l'extérieur. Mais Jésus refuse ce schéma. Il pointe une réalité plus inconfortable. À l'intérieur même de l'église, deux spiritualités cohabitent. L'une cultive l'intimité, l'autre se contente du formalisme. Le formalisme, c'est la religion qui a gardé la forme mais perdu le feu. Tu es là physiquement, tu chantes, tu pries, tu serres. Mais, quelque chose s'est détaché sans que tu t'en aperçoive. La flamme extérieure continue, mais l'huile intérieure ne coule plus.
Paul a un mot terrible pour cela dans sa deuxième lettre à Timothée. « L'apparence de la piété, mais reniant ce qui en fait la force. »
La forme correcte, le vocabulaire juste, mais la puissance intérieure de l'esprit est absente, non par rébellion, mais par négligence prolongée.
La vigilance, elle, c'est « Grégoréo » en grec, rester éveillé, demeurer attentif, ne pas laisser son coeur s'endormir. C'est la fiole qu'on remplit encore. Le coeur qui dit, l'époux peut venir à tout moment, je veux être prête. Une église peut briller aux yeux des hommes et fumer aux yeux de Dieu, remplir des salles et vider des fioles, multiplier les programmes et oublier la prière.
Jésus ne juge pas l'église sur ce qu'elle produit, il la juge sur ce qu'elle porte en elle quand la porte est sur le point de se fermer.
Revenons maintenant dans notre siècle, dans ta vie, dans ton quotidien. Parce que cette parabole, racontée il y a 2000 ans sur une colline de Galilée, te parle en ce moment avec une précision qui devrait te saisir.
Nous vivons dans un temps qui ressemble étrangement à la nuit de l'attente. L'époux tarde, les générations passent, l'église traverse des siècles, et le coeur humain, aujourd'hui comme à Ephèse, comme à l'Odyssée, comme dans chaque siècle, est tenté par le même relâchement silencieux. Mais notre époque ajoute une difficulté nouvelle.
Jamais dans l'histoire il n'a été aussi facile de simuler la flamme sans avoir l'huile. Tu peux écouter des prédications toute la journée sur ton téléphone, tu peux suivre 100 contes chrétiens sur les réseaux, tu peux partager des versus, aimer des citations, commenter des vidéos, tu peux donner l'impression à toi-même et aux autres d'une vie spirituelle intense, et pourtant sous cette agitation lumineuse, la fiole peut être parfaitement vide. Parce que l'huile ne se télécharge pas, l'huile ne se scrolle pas, l'huile ne s'obtient pas par consommation passive de contenus spirituels, l'huile se cultive dans le silence, dans la lenteur, dans une relation personnelle et engageante avec le Seigneur.
Et cette lenteur-là, notre époque la déteste. Nous vivons dans la culture de l'instantané. Nous voulons des résultats rapides, des émotions immédiates, des expériences pré-emballées. Et, nous avons importé cette culture dans notre spiritualité. Nous voulons des cultes intenses, des retraites transformantes, des moments waouh, qui nous donnent la sensation d'avoir avancé. Et il n'y a rien de mal à ces moments.
Mais ils ne remplacent pas la fiole, ils sont la flamme, ils ne sont pas la réserve. La question que te pose cette parabole, aujourd'hui, n'est pas, vis-tu de belles expériences spirituelles ?
La question est, que se passe-t-il dans ta vie quand il n'y a pas d'expérience ?
Que reste-t-il de ta foi dans les semaines grises, dans les matins où tu ne sens rien, dans les épreuves qui s'éternisent ?
Parce que c'est là que la réserve se révèle.
Et il y a autre chose, plus grave encore, notre époque nous conditionne à croire que la vigilance est une forme de rigidité, que prendre au sérieux le retour du Seigneur, c'est être fanatique, que parler de jugement, c'est être arriéré.
L'esprit du temps nous souffle à l'oreille ; - " l'époux ne vient pas, ou s'il vient, ce ne sera pas comme tu l'imagines. Détends-toi, profite, vis. Et, pendant que cette voix murmure, la fiole se vide..."
Mais écoute bien ceci. Jésus n'a pas raconté cette parabole pour culpabiliser les siens, il l'a racontée pour les équiper, pour leur dire le temps que je vous donne maintenant est précieux. Utilisez-le, remplissez vos fioles, creusez la prière, ouvrez la parole, cultivez le silence, aimez concrètement, pardonnez vraiment, vivez en attendant.
L'attente chrétienne n'est pas une passivité, c'est une construction. Chaque jour où tu te tournes vers lui, tu ajoutes une goutte. Chaque obéissance secrète, tu ajoutes une goutte. Chaque prière que personne ne voit, tu ajoutes une goutte. Et à la fin, quand le cri retentira, tu n'auras pas besoin de courir. Tu seras déjà prête ? Notre temps n'est pas le temps du confort, c'est le temps de la fiole.
Alors, prenons du recul une dernière fois, et regardons ensemble l'architecture entière de ce que Jésus nous a raconté. Quatre fils traversent cette parabole et se rejoignent en un seul tissu. Le fil de l'attente, qui nous rappelle que toute vie chrétienne est une attente active.
Le fil de l'huile, qui nous rappelle que la vie intérieure ne se transfère pas et ne s'improvise pas. Le fil de la porte, qui nous rappelle qu'il y a un temps pour préparer, et un temps où il est trop tard. Et le fil de l'époux, qui nous rappelle que toute l'histoire converge vers une personne, un visage, une rencontre.
Parce qu'au fond, cette parabole ne parle pas d'huile, elle parle d'un mariage. Elle parle d'un époux qui vient, qui a aimé sa fiancée au point de mourir pour elle, qui a préparé une salle de noces où résonnera une joie que nulle parole humaine ne peut décrire. Et, il veut que tu y sois, il te veut dedans.
Peut-être qu'en écoutant ces mots, tu as senti que ta fiole était plus légère que tu ne le pensais. Peut-être que tu as réalisé que ta flamme extérieure masquait un vide intérieur. Ne fuis pas cette sensation. C'est la voix la plus tendre du berger qui te rappelle à lui. La porte n'est pas encore fermée, le cri de minuit n'a pas encore retentit. En ce moment même, pendant que tu écoutes, l'huile est encore disponible.
Que ce soit, à présent, ton engagement devant Dieu. L'Époux vient. Sois prête. Sois prêt. Et que ta lampe brûle jusqu'au matin.
Tu m'avais parlé de Matthieu 7, tu peux m'en dire plus ?
Il est de de la même enseigne sur beaucoup de chose pour Matthieu 7:23 « Alors je leur dirai ouvertement : Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. »
Celui là aussi a beaucoup troublés les croyants depuis 2000 ans, non parce qu'il est obscur, ou non parce-que sa théologie est compliquée. Il le prononce aux mêmes genres de personne que pour la parabole des 10 vierges, non pas aux athées ou ceux qui sont en dehors ayant rejeté Dieu, mais à ceux qui prophétise en son nom, à ceux qui prêche en son nom, à ceux qui font des miracles en son nom, à ceux qui l'ont appelé "Seigneur".
Le mot traduit par « connu » n'est pas le mot utilisé pour désigner la connaissance de fait. Ce n'est pas le mot utilisé pour savoir que quelqu'un existe. C'est le mot désignant la connaissance la plus intime, la plus relationnelle, la plus ancrée dans l'alliance qui existe dans toute la langue grecque. Et, le mot traduit par « jamais » rend la phrase encore plus sévère. Il n'y a pas eu un seul instant où cette connaissance a existé.
Car, une fois que vous aurez compris ce que dit réellement le grec, ce verset cessera d'être une énigme pour devenir la question la plus importante que le sermon sur la montagne vous pose. Avant d'aborder le grec, nous devons établir le contexte. Car, Matthieu 7:23 n'est pas une phrase isolée. C'est le point culminant d'un argument que Jésus construit tout au long de trois chapitres.
Le sermon sur la montagne est le plus long enseignement continu de Jésus rapporté dans les Evangiles. Et il se termine, dans son dernier mouvement, par une série d'avertissements dont l'intensité va croissant jusqu'à ce verset. D'abord la porte étroite. Entrez par la porte étroite. En effet venant de Matthieu 7:13 ; « large est la porte, et spacieux le chemin qui mène à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par-là. »
Ensuite, les faux prophètes. Jésus met en garde contre ceux qui viennent en vêtements de brebis, mais qui, au-dedans, sont des loups voraces. Et il dit, vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Puis vient le passage qui contient Matthieu 7:23.
Remarquez le redoublement. "Seigneur, Seigneur." Dans le langage des Ecritures, la répétition exprime l'urgence, l'émotion et la familiarité. Comme "Abraham, Abraham." "Moïse, Moïse." "Samuel, Samuel." "Marthe, Marthe." Ce sont des personnes qui s'adressent à Jésus avec intensité, avec une dévotion apparemment totale.
Puis, au verset 22, ces personnes présentent leurs preuves. N'avons-nous pas prophétisé en ton nom ?
N'avons-nous pas chassé des démons en ton nom ?
N'avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom ?
Trois revendications. La prophétie, l'exorcisme, les miracles. Ce ne sont pas de petites activités religieuses. Ce sont des ministères surnaturels. Le genre de choses qui, dans n'importe quelle assemblée désigneraient une personne comme étant indéniablement ointe par Dieu. Et, remarquez quelque chose d'important dans leur défense. Ils ne disent pas, nous sommes allés à l'église. Ils ne disent pas, nous avons donné aux pauvres. Ils ne disent pas, nous avons essayé d'être de bonnes personnes. Ils disent, le surnaturel s'est manifesté à travers nous.
Ils mentionnent son nom. Mais seulement comme l'instrument par lequel leurs accomplissements ont été réalisés. Ils savent ce qu'ils ont fait pour Jésus. Mais, ils ne disent rien de ce que Jésus a fait en eux. Ils présentent l'activité sans l'intimité. La puissance sans l'obéissance. Le ministère sans la transformation.
Pour comprendre le poids de cette phrase, il faut regarder au-delà de sa traduction. La langue grecque possède deux mots principaux pour traduire la connaissance. Le premier est « oïda », dont je vous ai déjà parlé plus haut. Ce mot décrit la connaissance intellectuelle, la conscience d'un fait, la reconnaissance par l'observation. Si quelqu'un vous demande si vous savez qui est le président d'un pays, le type de connaissance que vous exercez est oïda. Vous avez rassemblé des informations, vous pouvez l'identifier. Vous en avez une image en tête.
Le second mot est « Ginosko », et c'est le mot que Jésus utilise dans Matthieu 7:23. Ginosko décrit la connaissance que vous avez de quelqu'un, une connaissance qui naît de l'expérience vécue, d'une rencontre personnelle, d'une relation dans laquelle on s'est réellement engagé. Les Grecs de l'Antiquité utilisaient Ginosko pour décrire une connaissance qui laisse une marque sur celui qui connaît, une connaissance qui vous transforme, une connaissance si intime que la frontière entre connaître et être connu commence à s'estomper. Voici à quel point ce mot est intime.
Matthieu utilise exactement le même mot au chapitre 1:25 pour décrire ce que Joseph n'a pas fait avec Marie avant la naissance de Jésus. Il n'eut pas de relation conjugale avec elle. Littéralement, il ne la connut point. C'est ginosko, l'union la plus intime possible entre deux personnes, et c'est le mot que l'Écriture choisit. Ainsi, lorsque Jésus se tient au jugement et dit « Je ne vous ai jamais connu », il ne dit pas « Je n'avais aucune information sur vous ». Il connaissait chaque fait les concernant. Il connaissait chaque prophétie qu'ils avaient à lui prononcer. Il connaissait chaque démon qu'ils avaient à affronter. Il connaissait chaque miracle qu'il présentait comme preuve. Ce qu'il dit est bien plus dévastateur que cela. Il dit ; « Vous et moi ne sommes jamais entrés dans le type de connaissances que ce mot décrit. Vous étiez présents dans ma maison, mais vous n'avez jamais appartenu à ma famille. Vous avez utilisé mon nom, mais vous ne vous êtes jamais soumis à mon autorité. Vous avez bâti des choses sous ma bannière, mais vous n'avez jamais appartenu au roi. »
Ajoutons maintenant une dimension supplémentaire qui échappe totalement à la plupart des études. ginosko n'est pas seulement un concept grec. Lorsque les traducteurs de la Septante, qui est la traduction grecque de l'Ancien Testament, constamment utilisée par les auteurs du Nouveau Testament, ont eu besoin d'un mot pour traduire le concept hébreu de la connaissance, ils ont choisi ginosko. Et, le mot hébreu qu'ils traduisaient était « Yada ». Yada apparaît près de 950 fois dans l'Ancien Testament.
Dans Genèse 4, le texte dit « Adam eut des relations conjugales avec sa femme Eve. » Littéralement, Adam connut Eve. Elle tomba enceinte. Le mot est Yada. Il décrit l'union la plus intime possible entre deux personnes.
Dans Amos 3.2, Dieu dit à Israël « Je vous ai choisis. » Littéralement, « Je vous ai connus, vous seul, parmi toutes les familles de la terre. » Le mot est Yada. Dieu ne dit pas qu'il ignorait l'existence de l'Égypte, de la Syrie ou de Babylone. Il a créé toutes les nations. Il dit qu'Israël est la seule nation avec laquelle il est entré dans l'intimité d'une alliance.
Dans Jérémie 1:5, Dieu dit au prophète « Avant de te former dans le ventre de ta mère, je te connaissais. »
Le mot est Yada. La connaissance précède même l'existence. C'est le langage de l'élection de l'alliance et de l'intimité personnelle. Et, le mot grec que la septante utilise pour traduire Yada, est ginosko. C'est le mot que Jésus choisit dans Matthieu 7.23. Lorsque Jésus dit « Je ne vous ai jamais connus », il n'utilise pas un mot ordinaire. Il utilise le mot de l'alliance, le mot de l'intimité entre Adam et Ève, le mot de l'élection d'Israël par Dieu, le mot de la connaissance qui précède même le ventre maternel. Et, il dit que cette connaissance n'a jamais existé.
Ces personnes possédaient toutes les marques extérieures de l'appartenance à l'alliance, le langage, le ministère, les résultats surnaturels, et la seule chose que l'alliance exige réellement, le Yada, le ginosko, la relation intime de connaissance, était absente depuis le tout début.
Mais, la phrase ne s'arrête pas à "je ne vous ai jamais connus". Jésus poursuit « Éloignez-vous de moi, vous qui commettez le mal ».
Et c'est là, que la plupart des enseignements sur ce verset s'arrêtent trop tôt. Le mot traduit par « le mal » ou « l'iniquité » est le mot grec «
Anomia ». Il est construit à partir de deux éléments, a qui signifie « sans » et nomos qui signifie « loi ». Anomia, sans loi. L'absence de loi. L'état de celui qui vit comme si aucune autorité légitime n'avait le droit de le gouverner. Voici le paradoxe qui échappe à la plupart des lecteurs. Ces personnes étaient des travailleurs. Le mot grec «
Ergasomenoa »
décrit ceux qui travaillent, qui produisent, qui sont actifs et productifs. Ils n'étaient pas passifs, ils n'étaient pas oisifs, ils travaillaient, ils prophétisaient, ils chassaient des démons, ils accomplissaient des miracles. Mais Jésus qualifie leur oeuvre d'anomia, de rejet de la loi.
Comment un ministère surnaturel accompli au nom de Jésus peut-il être qualifié de rejet de la loi ?
Parce que les oeuvres n'ont jamais été liées à la relation. L'activité au nom de Jésus, déconnectée de la véritable connaissance de Jésus, n'est pas la justice. C'est le rejet de la loi revêtu du costume de la justice.
Il ne s'agit pas simplement de commettre des péchés occasionnels. Chaque croyant échoue. Chaque disciple trébuche. Pierre a renié Jésus trois fois. Thomas a douté. Les disciples se sont disputés pour savoir lequel d'entre eux était le plus grand. Si une performance sans péché était la preuve que Jésus connaît quelqu'un, personne ne survivrait à ce passage. Mais Jésus n'appelle pas ces personnes ceux qui tombent parfois dans le péché. Il les appelle des artisans d'anomia.
Leur rejet de la loi n'était pas une interruption accidentelle dans leur vie, c'était leur mode de fonctionnement. Il voulait la puissance attachée au nom de Jésus sans se soumettre à l'autorité de Jésus. Il voulait parler au nom du roi sans obéir au roi. Il voulait des résultats spirituels sans gouvernement spirituel. Et c'est en fin de compte cela, l'anomia. Ce n'est pas simplement enfreindre une liste de règles. C'est vivre comme si le roi légitime n'avait aucune autorité pour vous commander. Une personne vivant dans l'anomia peut être très religieuse. Elle peut chanter magnifiquement, prêcher avec justesse et prier avec ferveur. Mais en dessous de tout cela, le principe directeur de sa vie reste inchangé. Et, selon Matthieu 7, utiliser le nom du roi tout en résistant à l'autorité du roi n'est pas la condition de disciple.
Bien avant Matthieu 7, Dieu a donné au monde un portrait vivant de tout ce contre quoi ce verset met en garde. Ce portrait était un homme nommé Balaam. Balaam est l'une des figures les plus remarquables et les plus troublantes de toute l'Écriture car, en apparence, son CV est extraordinaire. Dans Nombre 22 à 24, il reçoit de véritables visions de Dieu. Dieu lui parle directement. Il refuse de maudire Israël, même lorsque Balak, le roi de Moab, lui offre d'énormes richesses pour le faire. Chaque fois qu'il ouvre la bouche, la parole qui en sort est la parole que Dieu lui donne. Balaam a prophétisé avec exactitude. Il a opéré dans la véritable puissance et connaissance du Dieu vivant.
Et pourtant, Nombre 31:16 révèlent ce que Balaam a fait une fois la prophétie terminée et les négociations privées commencées. Il a conseillé à Balak d'envoyer des femmes moabites dans le camp, israélites pour séduire les hommes et les entraîner dans l'immoralité sexuelle et le culte des idoles, le Dieu même pour lequel il avait prophétisé. Il travaillait maintenant contre lui par profit.
2 Pierre 2:15 le décrit comme un homme qui a aimé recevoir un salaire injuste. Voici ce qui rend l'histoire de Balaam si dérangeante. Il n'était pas ignorant. Il n'était pas un étranger qui n'avait jamais rencontré Dieu. Il avait reçu la parole de l'Eternel. Il s'était tenu en présence de l'ange de l'Eternel. Et pourtant, rien de tout cela n'avait produit le ginosco que Jésus décrit. Il connaissait Dieu de la même manière que vous pourriez connaître une rivière. Il pouvait la décrire, s'y référer, se tenir près d'elle, sans jamais y boire, sans jamais la laisser changer la direction de sa vie. Les dons étaient réels, les prophéties étaient exactes, les résultats étaient authentiques. Et, la connaissance intime, le ginosco, le yada, n'a jamais été là. C'est exactement la personne qui se tient devant Jésus dans Matthieu 7:22. Pas un imposteur qui a inventé les miracles, pas un menteur qui a fabriqué les prophéties, mais une personne chez qui toute cette activité spirituelle n'avait jamais produit la connaissance vivante, alliance et transformatrice que Jésus entend lorsqu'il prononce ce mot.
Dans Matthieu 7, Jésus utilise ginosco, la connaissance relationnelle, pour décrire ce qui ne s'est jamais développé entre eux. Dans Matthieu 25, il utilise oïda, la connaissance de reconnaissance, pour décrire le résultat final. Elles ne sont même plus identifiables pour lui comme étant les siennes. L'absence relationnelle du chapitre 7:23, produit l'absence de reconnaissance du chapitre 25:12. La personne qui n'a jamais été connue au sens profond, finit par devenir méconnaissable dans tous les sens du terme.
Revenons à l'anomia, car il y a dans l'Écriture un exemple presque parfait de ce à quoi cela ressemble de l'intérieur. Le roi Saül. Saül a expérimenté la puissance de l'esprit. Il a prophétisé. Il a été oint pour diriger Israël. Il a remporté des batailles qui n'auraient pu être gagnées sans intervention divine. Mais Saûl a développé un modèle d'obéissance partielle. Lorsque le commandement de Dieu entrait en conflit avec la peur de Saûl, son ambition ou son image publique, Saül modifiait le commandement. Il n'a pas rejeté Dieu avec des paroles dramatiques. Il a simplement ajusté ce que Dieu avait dit jusqu'à ce que l'obéissance devienne commode.
Matthieu 7 avertit que cette contradiction peut survivre très longtemps. Elle peut survivre aux sermons. Elle peut survivre aux miracles. Elle peut survivre aux applaudissements. Elle peut même survivre à un ministère tout entier. Mais elle ne peut survivre aux jugements de Dieu.
L'accent n'est pas mis sur l'incapacité de ces personnes à avoir des informations sur Jésus. Ils en savaient manifestement beaucoup, assez pour prophétiser et exercer un ministère en son nom. L'accent est mis sur la question de savoir si Jésus les connaissait, si la relation existait de son côté, s'ils étaient inconnus. Ce schéma traverse tout le Nouveau Testament.
Dans Jean 10, Jésus dit « Moi, je suis le bon berger. Je connais mes brebis et elles me connaissent ». Le mot est ginosco. La relation est mutuelle mais elle commence par le berger qui connaît les brebis.
Dans Galate 4, Paul écrit « Mais maintenant que vous avez connu Dieu », puis se corrige immédiatement, ou plutôt « que vous avez été connu de Dieu ». Paul se reprend. La réalité plus profonde n'est pas que nous en soyons venus à connaître Dieu, mais que nous en soyons venus à être connus de Dieu.
Dans 1 Corinthien 8, Paul écrit « Mais si quelqu'un aime Dieu, il est connu de lui ». Encore une fois, la direction, non pas « il connaît Dieu », mais « il est connu de lui ». Le modèle constant du Nouveau Testament est que le fondement du salut n'est pas principalement notre connaissance de Dieu, qui peut être vaste, théologique, voire surnaturel, mais le fait que Dieu nous connaisse. L'intimité de l'Alliance, initiée et soutenue de son côté. Et c'est ce qui manquait aux personnes de Matthieu 7:23.
Plus de prophéties ne la produiront pas. Plus de miracles ne la produiront pas. Elles ne s'acquièrent pas par la performance. C'est le fruit d'une relation. Et la relation était la seule chose qui n'a jamais existé.
Avant la rencontre de Jésus sur le chemin de Damas, Saul de Tarse avait un CV spirituel impressionnant. Instruit au pied des pieds de Gamaliel, zélé pour la loi, irréprochable dans l'observance extérieure, persécutant l'Église avec la pleine conviction qu'il rendait service à Dieu. Si vous lui aviez demandé s'il connaissait Dieu, il aurait répondu oui sans hésitation, et il l'aurait pensé sincèrement.
Mais sur le chemin de Damas, lorsque la lumière est apparue, et que la voix a parlé, la question que Jésus lui a posée n'était pas
« Qu'as-tu accompli ? »
C'était « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »
Et la réponse de Saul révèle tout. « Qui es-tu, Seigneur ? »
Il ne le connaissait pas. Il avait des informations sur lui. Il connaissait la doctrine, la loi, la tradition. Mais, il n'avait jamais eu le ginosco. Et le moment de la conversion, le moment où Saul est devenu Paul, n'a pas été le moment où il a appris plus d'informations sur Jésus. Ce fut le moment où le ginosco a commencé. Le moment où la rencontre vivante a débuté. Le moment où Jésus a cessé d'être un fait sur lequel Paul avait des opinions pour devenir la personne en qui Paul vivait, se mouvait, et avait tout son être.
Philippiens 3.10, Paul, des décennies plus tard, dans une cellule de prison. Ainsi je connaîtrai Christ. Le mot qu'il a utilisé est ginosco. L'homme qui avait implanté des églises à travers l'empire romain, qui avait été ravi jusqu'au troisième ciel, qui avait écrit la moitié du Nouveau Testament, cherchait encore à approfondir cette connaissance. Parce que le ginosco n'est pas une destination à laquelle on arrive pour s'y reposer. C'est une direction dans laquelle on continue d'avancer. C'est l'orientation d'une vie qui a été captivée par un amour qu'elle ne peut épuiser.
Matthieu 7, verset 23, est une déclaration effrayante. Mais elle n'a pas été donnée pour plonger les croyants sincères dans une panique sans fin. Mais, c'est un avertissement prononcé avant le jour du jugement. Ce qui signifie que c'est une miséricorde. Jésus nous dit ce qui se passera ce jour-là, afin que nous puissions nous examiner aujourd'hui. Je veux donc que vous vous posiez trois questions.
PREMIERE QUESTION :
Qui gouverne ma vie ?
Lorsque les paroles de Jésus s'opposent à vos désirs, lequel est autorisé à garder l'autorité ?
Abordez-vous les Écritures en demandant à être corrigé ou cherchez-vous seulement une confirmation ?
Lorsque le Saint-Esprit expose un péché, l'amenez-vous à la lumière ou commencez-vous immédiatement à construire une explication pour justifier pourquoi votre cas est différent ?
Un vrai disciple peut lutter, un vrai disciple peut trébucher lourdement, un vrai disciple peut même résister à Dieu pendant une saison, mais derrière la lutte, il y a la reconnaissance croissante que Jésus a le droit de commander.
Lorsque Pierre a renié Jésus, il a pleuré amèrement. Pourquoi ? Parce que son échec violait l'allégeance la plus profonde de son coeur. Pierre a péché, mais il ne pouvait pas faire la paix avec son péché. Judas a regretté les conséquences de sa trahison, mais Pierre a pleuré la rupture de la communion. L'un s'est enfui de la communauté des disciples et est mort de désespoir. L'autre a été restauré par le berger dont il reconnaissait encore la voie. La différence n'était pas que Pierre n'avait jamais échoué. La différence était que Pierre appartenait à Christ, même au milieu de son échec.
DEUXIEME QUESTION :
Ma vie privée va-t-elle dans la même direction que ma confession publique ?
Les personnes dans Matthieu 7 avaient une confession publique puissante. "Seigneur, Seigneur". Mais, Jésus a décrit leur modèle réel comme étant l'anomia. C'est pourquoi l'obéissance privée compte tant. Non pas parce que Dieu compte les points, mais parce que la personne que vous êtes, quand personne ne regarde, révèle quel royaume vous gouverne réellement. Que se passe-t-il lorsque l'obéissance coûte votre réputation ?
Que se passe-t-il lorsque dire la vérité pourrait vous faire perdre une opportunité ?
Que se passe-t-il lorsque personne ne découvrirait jamais le compromis ?
Le ministère public peut être motivé par les applaudissements. L'obéissance privée a un public beaucoup plus restreint. Parfois, la seule personne qui la voit, c'est Dieu lui-même. Et c'est suffisant pour la personne qui le connaît vraiment.
TROISIEME QUESTION :
Est-ce que j'aime Christ, ou seulement ce que je crois que Christ peut fairepour moi ?
Certains suivent à Jésus pour être protégé, d'autres pour le succès. Certains, parce que le christianisme leur donne un public, une identité ou un sentiment de supériorité. Mais, l'évangile n'offre pas simplement les dons du roi. L'évangile nous donne le roi lui-même. Lorsque tout avantage visible est retiré, Jésus vous est-il toujours précieux ?
Lorsque la prière semble sans réponse, est-il toujours Seigneur ?
Lorsque l'obéissance rend votre vie plus difficile plutôt que plus facile, en est-il toujours digne ?
Une relation fondée entièrement sur des avantages finira par s'effondrer lorsque les avantages sembleront cessés. Mais les brebis suivent le berger parce qu'elles connaissent sa voix.
À la fin du sermon sur la montagne, Jésus donne une dernière image. Deux personnes construisent des maisons. Toutes deux entendent ses paroles. Toutes deux construisent quelque chose qui semble stable. Pendant un temps, les maisons peuvent paraître presque identiques. Puis la tempête arrive. La différence n'est pas que l'un a entendu Jésus et l'autre non. Tous deux ont entendu. La différence est que l'un a entendu et a obéi. L'autre a entendu et n'a rien fait. L'un a construit sur le rocher, l'autre sur le sable.
L'accomplissement spirituel est du sable. La reconnaissance publique est du sable. Les expériences miraculeuses, lorsqu'elles sont séparées de l'abandon à Christ, sont toujours du sable.
Construire sur le rocher signifie entendre les paroles de Jésus et bâtir sa vie sur elle. Pas parfaitement, pas sans saison de faiblesse, mais sincèrement, de façon répétée, dans la repentance. Le vrai disciple ne dit pas simplement « Seigneur, Seigneur ». Il construit comme si Jésus était Seigneur. Il pardonne parce que Jésus est Seigneur. Il dit la vérité parce qu'il est Seigneur. Il se repend parce qu'il est Seigneur. Il abandonne ses ambitions, ses désirs, ses relations et ses habitudes secrètes parce qu'il est Seigneur. Son obéissance n'est pas une tentative d'acheter l'amour de Dieu. C'est la preuve que l'amour de Dieu a atteint les fondations de sa vie.
Un jour, chaque titre disparaîtra. Pasteur, prophète, apôtre, enseignant, conducteur de louanges, travailleur de l'église. Aucun de ces titres n'ouvrira la porte du palais. Chaque scène sera démontée. Chaque public sera silencieux. Chaque réputation publique deviendra sans importance. Et, chaque personne se tiendra devant Jésus sans être présentée par qui que ce soit d'autre.
Ce jour là, la question la plus importante ne sera pas combien de personnes connaissent ton nom ?
Ce ne sera pas combien de personnes étaient impressionnées par tes dons ?
Ce ne sera même pas combien de fois tu as prononcé le nom de Jésus ?
La question cera de savoir si ta vie était véritablement soumise à la personne dont tu as prononcé le nom. Les personnes de Matthieu 7 savaient comment prononcer son nom, elles savaient comment travailler en son nom, elles savaient comment attirer de l'intention en utilisant son nom, mais elles n'ont jamais appris à connaître son coeur. A reconnaître sa voix. Et, se soumettre à son autorité. Et, Jésus a dit que leur relation qu'elles affichaient n'avait jamais existé.
Jean 17:3 « Jésus priait pour ses disciples la nuit de son arrestation. Or, la vie éternelle c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé Jésus-Christ. »
Accueillez Jésus partout dans vos pièces, ne lui cachez rien, ne vous tenez pas seulement dans un palais, ne vous contentez pas seulement de prêcher ou d'écouter à l'église, n'ayez pas un prétendu de connaître Jésus. Ce qui comptera c'est que vous l'ayez véritablement appartenu, et qui vous ait connu comme l'un des siens.
Si ce message vous a réveillez une conscience, ou si vous connaissez une personne où cette étude pourrait lui faire du bien ; n'hésitez pas à partager, ainsi méditer sur ces paroles, car Jésus vous attend que vous vous y intéressez vraiment à lui et vous a aime bien plus que vous pouvez l'imaginer. AMEN













































































































































