Le miracle de la résurrection de Jésus-Christ
Article écrit en octobre 2026
« Une enquête historique et apologétique sur la Résurrection du Christ, suivie d'une réflexion théologique et spirituelle sur sa portée pour l'humanité, la justice, le salut et l'espérance chrétienne. Cette dissertation, élaborée à partir de recherches personnelles et d'une discussion sur Internet à laquelle ont participé un pasteur, un étudiant en théologie et un médecin chrétien, est principalement destinée aux personnes qui ne croient pas au miracle de la Résurrection. »
Le miracle de la résurrection
Est-ce qu'un miracle peut être prouvé historiquement ?
Si tu remets en question la méthodologie derrière les affirmations chrétiennes sur la résurrection de Jésus, et que tu expliques pourquoi le récit de la résurrection ne tient pas la route, alors cet article est fait pour toi.

Dans ce genre de débat, on discute souvent de tous ces détails historiques : les témoignages, le tombeau vide, les apparitions, etc... Pourtant, le véritable désaccord se situe avant tout à un niveau beaucoup plus fondamental. Peut-on réellement établir, sur le plan historique, qu'un miracle a eu lieu ? Comment une explication surnaturelle pourrait-elle être considérée comme plus probable que n'importe quelle explication naturelle, même extrêmement improbable ?
Au final, comment peut-on historiquement prouver un miracle ? Comment peut-on mettre en avant suffisamment de preuves pour permettre à une personne sceptique, qui ne croit ni à l'existence du surnaturel ni aux miracles, de reconnaître qu'un miracle a effectivement eu lieu ?
C'est précisément le cas lorsqu'il s'agit de la résurrection de Jésus. Je vais donc vous répondre point par point, en abordant d'abord la question de la méthodologie.
Un petit lexique s'impose afin de clarifier les différentes interprétations de certains termes et de faire ressortir, dans mon texte, la préférence pour le terme « naturaliste » plutôt que « matérialiste ».
Matérialiste : considère que la réalité est fondamentalement matérielle et que tout phénomène doit s'expliquer par des causes matérielles. Il aura tendance à rejeter les miracles comme explications surnaturelles, mais tous les athées ne sont pas matérialistes.
Naturaliste : considère que les phénomènes s'expliquent par des causes naturelles, sans intervention surnaturelle. C'est souvent le terme le plus adapté pour parler de quelqu'un qui exclut les miracles surnaturels de son explication du monde.
Sceptique : doute qu'un miracle ait réellement eu lieu et demande des preuves suffisantes. Un sceptique peut croire en Dieu tout en doutant d'un miracle particulier.
Athée : ne croit pas en Dieu ou aux dieux. Cela ne signifie pas automatiquement qu'il rejette toute possibilité de miracle pour les mêmes raisons.
Agnostique : considère qu'il ne sait pas si Dieu existe, ou que son existence ne peut pas être établie avec certitude. Concernant un miracle, il peut reconnaître qu'il ne sait pas si une intervention divine a eu lieu, et suspendre son jugement dans l'attente de preuves suffisantes. Il peut aussi être sceptique à l'égard d'un miracle particulier, sans affirmer qu'un miracle est impossible.
Comment est-ce qu'on peut prouver un miracle ? Comment est-ce qu'on peut espérer prouver la résurrection de Jésus ?
La première étape consiste à définir un miracle comme une violation des lois de la nature. Or, nous disposons de nombreuses preuves attestant de l'existence et de la régularité de ces lois. Par conséquent, pour défendre l'idée qu'un événement puisse se produire en contradiction avec ces lois naturelles, il faut disposer de preuves particulièrement solides, capables de contrebalancer l'ensemble des éléments issus de notre expérience courante. Un tel événement étant considéré comme extrêmement improbable, il faudrait donc des preuves d'une force exceptionnelle pour pouvoir établir qu'un miracle a effectivement eu lieu. Connaissez-vous un peu la manière dont procède l'Église catholique pour reconnaître un miracle ?
Il existe toute une procédure de vérification comportant plusieurs étapes. Par exemple, dans le cas d'une guérison, une validation médicale est nécessaire afin de l'attester.
Prenons un autre exemple : La résurrection de Lazare s'est produite publiquement, devant plusieurs témoins. L'événement ne concerne pas uniquement les personnes présentes : son retentissement est tel que la nouvelle parvient jusqu'aux pharisiens et aux principaux sacrificateurs. Ceux-ci ne peuvent plus ignorer les signes accomplis par Jésus. Ils convoquent alors le sanhédrin et décident de chercher à le faire mourir. Ce miracle constitue donc un tournant décisif dans leur opposition à Jésus. Nous avons ici le témoignage de plusieurs personnes, mais également une réaction concrète des autorités religieuses, dont les décisions sont rapportées dans le même récit.
Un athée ou un agnostique prend parfois l'exemple suivant : si vous avez perdu vos clés, plusieurs hypothèses peuvent se présenter à vous. Vous les avez peut-être oubliées quelque part chez vous, ou bien un petit lutin vous les a volées.
Toutefois, l'hypothèse des petits lutins ne vous viendrait probablement à l'esprit qu'en dernier recours, si vous êtes une personne normalement constituée. Pourquoi ? Parce qu'il paraît logique de privilégier, dans un premier temps, les causes naturelles plutôt que des causes qui n'ont jamais été avérées.
Cependant, cet exemple, aussi parlant soit-il et même si l'on serait spontanément tenté de répondre « oui, évidemment », n'est pas véritablement pertinent lorsqu'il s'agit de la résurrection. En effet, je pense perdre mes clés environ une fois par an, par exemple. Une autre personne les perd peut-être une fois par mois, et ainsi de suite.
En revanche, pour ma part, je n'ai encore jamais rencontré plusieurs personnes qui m'auraient affirmé avoir vu une personne décédée, avoir mangé avec elle et avoir discuté avec elle. Ainsi, si je ne suis pas du genre à invoquer une cause surnaturelle pour expliquer un événement aussi banal que la perte de mes clés, je pense que, si plusieurs de mes proches me racontaient avoir eu avec mon grand-père des interactions physiques, variées et distinctes, je me poserais beaucoup plus sérieusement la question : ne s'est-il pas produit quelque chose qui échappe aux lois naturelles ? Que se passe-t-il réellement ?
Dès lors, l'hypothèse d'un miracle pourrait remonter quelque peu dans la liste des explications envisageables, contrairement à ce qui serait le cas pour une simple perte de clés.
Ce que cet exemple, que j'ai tenté de présenter, nous montre, c'est qu'on ne peut pas déterminer la vraisemblance d'un événement en se contentant d'énumérer les fois où des événements similaires se sont produits. Il faut également prendre en considération la qualité des preuves, les particularités de l'événement lui-même et ne pas se limiter à un raisonnement fondé uniquement sur des probabilités "a priori".
Norman Geisler, un penseur chrétien, formule une réflexion particulièrement pertinente à ce sujet. Je vais vous la lire plutôt que de tenter de la reformuler.
Il écrit : « On a déterminé que les chances qu'un joueur reçoive une main parfaite au bridge d'un seul coup sont de 1 sur 635 milliards. Mais il serait déraisonnable pour une personne censée de laisser ses probabilités mathématiques l'emporter sur le témoignage de quatre témoins, sains d'esprit, sobres, honnêtes et intelligents, qui affirment avoir vu une telle main être distribuée. »
Ce que cet exemple permet de comprendre, c'est que même face à un événement extrêmement improbable, le témoignage de personnes qui semblent honnêtes, qui n'ont aucune raison apparente de mentir et qui ne présentent aucun signe de confusion ou de délire doit être pris en considération. Si plusieurs personnes nous affirment : « J'ai vu cela se produire », nous ne pouvons pas simplement écarter leurs témoignages en répondant : « Non, mais en réalité, il me faudrait des preuves encore plus extraordinaires pour croire à cela. »
Il faut examiner chaque situation au cas par cas. La raison pour laquelle on n'invoque pas une cause surnaturelle pour expliquer des événements tels que « j'ai perdu mes clés » n'est pas que l'hypothèse d'un miracle serait, de manière générale, extrêmement improbable dans toutes les circonstances. Cela tient simplement au fait que, dans notre expérience commune, la perte de clés s'explique régulièrement par des causes naturelles : un oubli, un objet égaré à un endroit précis, etc.
Or, l'événement que nous sommes en train d'examiner est tout à fait différent. Encore une fois, il s'agit de personnes qui témoignent avoir vu vivant quelqu'un qui était mort, avoir discuté, mangé et eu des contacts physiques avec lui, voire même avoir participé à une partie de pêche en sa compagnie. Nous sommes donc face à un événement qui ne relève absolument pas de notre expérience quotidienne. Il ne s'agit pas d'un événement trivial parmi ceux que nous rencontrons habituellement et pour lesquels nous n'avons aucune raison d'invoquer un miracle. Il s'agit au contraire d'un événement exceptionnel. Si de tels événements étaient plus courants, le christianisme aurait évidemment une tout autre ampleur. C'est précisément le caractère exceptionnel de cet événement qui soulève la question de savoir si quelque chose de particulier ne s'est pas produit.
Un athée ou un agnostique peut alors s'appuyer sur ce caractère exceptionnel pour proposer une succession d'événements, eux-mêmes très improbables, afin d'expliquer ce qui s'est passé : une expérience psychique, une amplification progressive des récits, etc. Pourtant, ces hypothèses ne permettent pas nécessairement d'expliquer l'ensemble des éléments, notamment la conversion de saint Paul. Nous y reviendrons lorsque nous examinerons plus en détail les différentes hypothèses naturalistes.
Mais, ce que je voulais surtout souligner, c'est que le raisonnement de départ, qui consiste à affirmer : « Un miracle est extrêmement improbable et, d'ailleurs, nous ne raisonnons pas ainsi dans les autres situations. Alors, pourquoi devrions-nous faire une exception
ici ? », ne tient pas véritablement.
En effet, la seule manière de considérer un miracle comme absolument improbable, et non simplement comme peu probable, consiste à adopter une position fondée sur le naturalisme.
Ce qui rend cette analogie peu pertinente, c'est précisément qu'une personne qui vous affirme : « J'ai vu vivant quelqu'un qui était mort » ne rapporte absolument pas un événement aussi courant et aussi simple à expliquer que quelqu'un qui vous dit : « J'ai perdu mes clés ».
Un dernier point que j'aimerais mentionner, simplement en passant, concerne la définition même du miracle. Un miracle n'est pas nécessairement un événement qui implique de nier les lois naturelles ou de les contredire. C'est un événement auquel les lois naturelles ne s'appliquent pas.
Par conséquent, l'argument avancé par un athée ou un agnostique, selon lequel un miracle constituerait une violation des lois naturelles, ne tient pas nécessairement. Un miracle n'implique pas de nier l'existence des lois naturelles, mais de décrire un événement auquel celles-ci ne s'appliquent pas. Et cette distinction entraîne, en réalité, une différence assez importante en ce qui concerne la charge de la preuve.
Mais est-ce qu'il s'agit des témoins sains d'esprit qui nous parlent de la résurrection de Jésus ?
Dans mon propos précédent, je mettais en cause les arguments fondés sur l'improbabilité des miracles, et plus particulièrement sur leur très grande improbabilité. Le problème de ce point de départ, c'est qu'il ne permet pas, à lui seul, de démontrer qu'un miracle n'a pas eu lieu sous prétexte qu'il serait hautement improbable. Ce raisonnement repose sur l'idée que l'expérience passée détermine ce qui se produira dans le futur. Autrement dit, puisque nous n'avons jamais observé un tel événement auparavant, il n'y aurait aucune raison valable de croire qu'il puisse se produire à l'avenir.
Le problème avec un tel raisonnement, c'est que, dans ce cas, il n'y aurait plus aucune bonne raison de croire que la Terre existe. En effet, d'un point de vue naturaliste, l'existence même de la Terre peut être considérée comme hautement improbable. Les lois qui régissent l'Univers, ainsi que les conditions particulières qui ont permis à notre Terre de se former et à la vie d'émerger, relèvent d'un ajustement tout à fait exceptionnel et hautement improbable.
Par conséquent, si l'on adopte une méthodologie qui consiste à mettre en doute tout ce qui paraît hautement improbable, on devrait également remettre en question jusqu'à l'existence même de la Terre.
En réalité, une telle position conduit à entraver toute démarche scientifique, et plus particulièrement toute possibilité de découverte.
Alors, est-ce que dans cette question de méthodologie, selon lequel une affirmation extraordinaire demanderait des preuves extraordinaires pourrait être éclairée pour comprendre ?
Si l'on affirme quelque chose, cela doit être démontré, en somme. Et plus une affirmation est étonnante, plus il faut la démontrer de manière rigoureuse.
Sur ce point, tout le monde est d'accord. Simplement, nous estimons que les preuves nécessaires à cette démonstration sont bel et bien présentes. Mais, si l'on examine de plus près ce dont il est question, on constate que les expériences rapportées par les témoins de la résurrection sont, en réalité, assez ordinaires. En effet, ils ont affirmé « avoir vu Jésus ». Ils ont également dit « l'avoir entendu » et « avoir parlé avec lui ». Ce sont des expériences qui ne nécessitent pas l'utilisation d'un microscope. Autrement dit, il s'agit de faits que l'on peut constater simplement avec nos yeux et nos sens. Ils ne nécessitent pas une nature de preuve différente de celle que l'on utiliserait pour affirmer, par exemple, que j'ai croisé mon voisin ce matin. Ce qu'il y a d'extraordinaire dans la résurrection, ce n'est pas le fait que les témoins aient vu Jésus, mais qu'ils l'aient vu après sa mort. Pourtant, les expériences dont ils ont été témoins ne nécessitaient pas une méthode d'observation ou un degré de vérification plus exigeant que le simple constat de nos sens. Pour établir la résurrection, il suffit, en réalité, d'avoir constaté qu'une personne était morte, puis de l'avoir vue vivante par la suite. Il n'est pas nécessaire de l'avoir examinée sous toutes les coutures. Par conséquent, si nous parvenons simplement à établir qu'il existe de bonnes raisons de penser que des personnes ont vu Jésus vivant après sa mort, cela suffit. Il n'est pas nécessaire d'exiger des preuves supplémentaires. Ces éléments suffisent à établir qu'une résurrection a eu lieu. Si une personne était morte et qu'elle est désormais vivante, il a nécessairement dû se passer quelque chose entre les deux, et cet événement ne peut être qu'une résurrection. Je suis donc d'accord sur le fait qu'il faut, de manière générale, des éléments solides pour étayer toute affirmation, et plus encore lorsque celle-ci porte sur un événement exceptionnel aux conséquences importantes. Néanmoins, la nature de ce qu'il suffit de constater pour établir une résurrection reste relativement simple : constater qu'une personne est vivante, ce que nous faisons quotidiennement lorsque nous croisons d'autres personnes.
D'autres aspects de cette question méthodologique méritent également d'être abordés. Il s'agit notamment de l'idée selon laquelle une affirmation extraordinaire nécessiterait des preuves extraordinaires. Mais, qu'est-ce qu'une preuve extraordinaire au premier siècle ? C'est une question que l'on peut légitimement se poser. Les compétences nécessaires pour témoigner du miracle de la résurrection sont relativement simples : les témoins devaient avoir une bonne vue et, plus généralement, disposer de sens fonctionnels. Il ne leur fallait rien de plus.
En effet, si l'on exige un degré d'extraordinaire aussi élevé que celui du miracle lui-même pour pouvoir expliquer ce miracle, alors il faudra également une explication extraordinaire pour justifier cette explication extraordinaire. On passe ainsi d'une explication extraordinaire à une autre, sans jamais parvenir à une explication fondée sur des éléments ordinaires. Or, à un moment donné, pour pouvoir établir quelque chose d'extraordinaire, il faut nécessairement s'appuyer sur des éléments tout à fait ordinaires. La compétence requise des témoins de la résurrection du Christ consistait simplement à être capables de faire la différence entre un homme mort et un homme vivant. Et, au regard des témoignages qu'ils rapportent, je pense que cette compétence était parfaitement à leur portée et qu'ils étaient tout à fait capables de l'exercer correctement.
Passons à la suite, qui reste entièrement liée à cette question de méthodologie. Je vais maintenant aborder les hypothèses naturalistes et ce que je souhaite mettre en avant. Selon les naturalistes, les hypothèses avancées pour soutenir que « Jésus n'est pas ressuscité » seraient beaucoup plus crédibles et probables que l'explication selon laquelle « Jésus est ressuscité ».
Ils donnent notamment un exemple, parmi beaucoup d'autres : Pierre aurait été victime d'une hallucination, puis aurait convaincu les autres. Cette expérience aurait rejoint les espoirs que les chrétiens, ou plus généralement les croyants, plaçaient en leur Sauveur, pourtant mort. C'est ainsi que le christianisme se serait progressivement répandu.
A cela, ils ajoutent que, même si ces hypothèses peuvent sembler improbables, elles demeurent malgré tout beaucoup plus probables qu'un miracle, puisqu'ils partent du principe qu'un miracle est hautement improbable, comme nous l'avons déjà évoqué.
Il y aurait beaucoup de choses à dire dans cette partie, et de nombreux détails pourraient être abordés. Nous pouvons également choisir librement la direction à prendre. Que faut-il donc penser de ces hypothèses naturalistes ? Peut-on véritablement espérer les éliminer toutes ? Comment devrions-nous, en tant que chrétiens, considérer ces différentes explications alternatives au récit de la résurrection ?
Je ne sais pas si les athées ou les agnostiques en ont pleinement conscience, mais, lorsque je les écoute, j'ai l'impression que les réflexions qu'ils développent s'inscrivent souvent dans ce que l'on appelle les « défenses minimalistes de la résurrection ».
Je vais expliquer immédiatement de quoi il s'agit. Ces défenses consistent à partir des éléments incontestés, c'est-à-dire des faits généralement reconnus par tous : Jésus est mort, crucifié sur une croix romaine, certaines personnes ont prétendu l'avoir vu ressuscité, etc. On peut également mentionner le tombeau vide, ainsi que d'autres éléments plus ou moins bien établis, qui bénéficient d'un consensus relativement large, indépendamment des convictions de chacun, et qui ont recueilli l'assentiment de personnes pourtant sceptiques à l'égard du christianisme ou de la résurrection en particulier.
Même si cette approche est intéressante, je comprends que certains chrétiens l'utilisent, et il peut m'arriver de le faire également. Son avantage est que l'on peut rapidement présenter plusieurs éléments, puis proposer aux interlocuteurs d'examiner les différentes possibilités et de se faire leur propre opinion.
En réalité, je pense que même dans le cadre d'une approche minimaliste, la résurrection se défend plutôt bien. On peut, par exemple, souligner que les pharisiens n'ont pas proposé de rançon pour récupérer le corps, alors qu'ils étaient conscients en payant les gardes chargés de surveiller le tombeau pour mentir à la foule qui s'interrogeait sur sa disparition. On peut également rappeler que Jésus avait perdu beaucoup de sang et subi de telles meurtrissures qu'il aurait été extrêmement difficile de survivre à un tel événement et de sortir ensuite du tombeau. D'autant plus qu'il avait été déclaré mort par les spécialistes romains de la crucifixion.
Cependant, je ne pense pas que cette méthode constitue la manière la plus rigoureuse et la plus solide de défendre la résurrection.
A mon sens, elle concède trop de terrain aux sceptiques. Je ne vois aucune bonne raison de limiter notre argumentation aux seules preuves qui seraient incontestées et reconnues par tous les sceptiques. Il existe d'autres éléments que nous pouvons avancer. Certes, certains auteurs les nieront, et tel ou tel spécialiste ne les partagera pas nécessairement, mais cela ne signifie pas qu'ils soient dépourvus de valeur ou que nous ne puissions pas les défendre solidement. Je pense notamment qu'il existe de bonnes raisons de défendre ce que l'on appelle l'attribution traditionnelle des Evangiles. Autrement dit, l'idée selon laquelle les Evangiles de Matthieu et de Jean auraient été écrits par des témoins des événements qu'ils rapportent, celui de Marc par un compagnon d'un témoin, et celui de Luc par une personne qui a recueilli et retranscrit les témoignages de ceux qui avaient été présents. Il existe de bonnes raisons de considérer que ces documents proviennent de personnes très proches des événements rapportés. Et, sans même avoir besoin de défendre nécessairement l'attribution traditionnelle dans tous ses détails, c'est-à-dire d'affirmer absolument que Marc a écrit l'Evangile de Marc, Matthieu celui de Matthieu, etc., nous pouvons défendre l'idée que ces textes correspondent à ce que les premiers témoins ont affirmé au sujet de la résurrection. Or, si nous prenons ces éléments en considération, nous disposons de beaucoup plus d'informations. Nous constatons notamment que les premiers témoins n'ont pas simplement prétendu avoir vécu une expérience quelconque avec Jésus. Ils ont affirmé l'avoir vu, touché, entendu et avoir mangé avec lui. Ils ont également raconté avoir été sur un bateau, avoir tiré un filet jusqu'à lui et avoir partagé du poisson avec lui.
Plus nous accumulons les récits de ces expériences particulières, plus nous pouvons examiner précisément la nature des interactions qu'ils affirment avoir eues avec Jésus. Et, plus nous le faisons, plus nous constatons que ces expériences ne semblent pas pouvoir s'expliquer simplement par un phénomène psychique ou une simple exagération des faits. Ce sont des éléments particulièrement probants.
En réalité, il suffit de se mettre à leur place. Si vous vivez de telles expériences avec une personne que vous savez décédée, vous n'avez guère d'autre choix que de conclure qu'elle est vivante et qu'elle est ressuscitée. Si vous voyez cette personne, que vous la touchez, que vous mangez avec elle, qu'elle vous parle et que son comportement correspond à ce que vous connaissez d'elle, alors il est tout à fait raisonnable de conclure qu'elle est ressuscitée, à condition que les témoignages rapportés soient véridiques.
Et l'autre chose, c'est que nous n'avons pas non plus de bonnes raisons de penser qu'ils aient menti.
On entend souvent dire, parfois un peu rapidement : « Ils sont morts en martyrs pour cela. » Il convient toutefois de nuancer cette affirmation. Nous pouvons établir de manière relativement solide que Pierre, Paul et au moins les deux Jacques sont morts en martyrs. Ce sont des éléments qui sont tout de même bien attestés dans les sources de l'Antiquité.
Mais, en réalité, il n'est même pas nécessaire d'établir leur martyre pour soutenir l'argument en faveur de la résurrection. Il suffit de relever un élément difficilement contestable : affirmer que « Jésus est ressuscité » ne leur apportait, premièrement, aucun avantage particulier. Au contraire, ils avaient tout à perdre, notamment leur tranquillité et leur confort. Deuxièmement, cette affirmation les exposait au risque du martyre. Même s'ils n'ont pas tous subi cette issue, ils ont, à tout le moins, connu des persécutions et des emprisonnements, comme ce fut notamment le cas de Paul. Ils ont beaucoup perdu et se sont exposés aux persécutions aussi bien de la part des Juifs que des Romains. Nous avons donc de bonnes raisons de présumer de leur honnêteté. C'est pourquoi nous ne pouvons pas simplement adhérer à une thèse selon laquelle ils auraient inventé toute cette histoire, car une telle hypothèse ne correspond pas véritablement à l'attitude des apôtres.
Certains pourraient alors objecter : « Oui, mais regardez les kamikazes islamistes : ils acceptent de mourir pour un mensonge. »
Certes, mais ils meurent sincèrement pour ce qu'ils croient être vrai. Autrement dit, il s'agit d'un mensonge auquel ils adhèrent eux-mêmes, et non d'une tromperie délibérée. De plus, leur croyance repose sur des enseignements qu'ils ont reçus oralement d'autres personnes, et non sur des événements historiques qu'ils prétendraient avoir personnellement vécus.
Lorsqu'une personne meurt pour une cause, qu'il s'agisse d'un moine bouddhiste qui s'immole par le feu pour exprimer une protestation politique ou d'un islamiste qui se fait exploser, cela ne signifie pas qu'elle est en train de mentir. Elle ne cherche pas à tromper les autres en prétendant croire à quelque chose. Elle est sincèrement convaincue de la véracité de ses croyances et finit par être prête à mourir pour elles.
C'est justement là que réside toute la différence avec les apôtres. Ceux-ci n'avaient pas pour objectif de mourir. Leur mort éventuelle fut la conséquence des circonstances et des persécutions auxquelles ils ont été confrontés. Ils ne recherchaient pas le martyre : ils acceptaient d'en courir le risque en raison de ce qu'ils affirmaient avoir vécu.
Cela plaide donc en faveur de leur sincérité, même si cela ne suffit pas, à lui seul, à démontrer la véracité de leurs affirmations. Il faut bien distinguer l'honnêteté d'une personne de la vérité de ce qu'elle rapporte. Et, sur ce premier point, l'honnêteté des apôtres est plutôt bien étayée par le fait qu'ils étaient prêts à aller jusqu'à risquer leur vie en raison de leur témoignage.
La question qui reste finalement à examiner est donc la suivante : ne se sont-ils pas simplement trompés ?
Comme je l'ai déjà expliqué, si nous adoptons une approche maximaliste, c'est-à-dire si nous examinons précisément les expériences qu'ils prétendaient avoir vécues avec Jésus, plutôt que de nous contenter d'affirmer vaguement «qu'ils ont eu des expériences avec Jésus», nous nous rendons compte que ces expériences ne peuvent pas être expliquées par les hypothèses habituellement avancées.
Si nous nous contentons d'une évocation générale de leurs expériences, alors, effectivement, nous pouvons éventuellement invoquer une hallucination particulièrement étonnante, un phénomène de propagation de la nouvelle ou encore une amplification progressive des récits. Et, même si certains psychiatres expliquent que plusieurs personnes ne peuvent pas partager simultanément une hallucination identique, cet argument reste trop abstrait, à lui seul, pour constituer une réfutation complète.
Mais, si nous prenons réellement en considération la nature des témoignages, les choses deviennent différentes. Les témoins affirment : « J'ai mangé avec lui, je lui ai parlé, je l'ai touché. » Un autre disciple rapporte qu'il ne croyait pas initialement à la résurrection, puis qu'après avoir appris que les autres avaient vu Jésus, il a lui-même pu le toucher et a fini par croire.
Si nous prêtons véritablement attention à la nature de ces témoignages, nous constatons alors que les hypothèses naturalistes se trouvent sérieusement mises en difficulté. Elles ne parviennent pas à expliquer le type d'expériences qui est rapporté.
Finalement, les réponses apportées aux approches minimalistes défendues par les athées ne peuvent véritablement fonctionner que si les Evangiles sont considérés comme des témoignages relativement tardifs, qui auraient mis un certain temps à se développer. Il aurait alors fallu suffisamment de temps pour permettre une accumulation progressive des éléments : un témoignage initial assez sommaire, puis un récit plus complet, auquel seraient venus s'ajouter de nouveaux éléments et de nouveaux détails.
C'est donc ce genre d'hypothèse qu'il faut également examiner. On a notamment relevé que certains éléments des récits sont assez peu naturels si l'on suppose qu'il s'agit simplement d'une amplification progressive destinée à rendre plus crédible une histoire qui, au départ, aurait été relativement peu convaincante. C'est notamment le cas du fait que les femmes soient présentées comme les premières témoins de la résurrection. Or, dans l'Antiquité, leur témoignage n'était pas considéré comme le plus probant. Les sources juives nous expliquent notamment que les femmes ne pouvaient pas témoigner devant un tribunal, par exemple.
Il y a donc certains éléments du discours qui peuvent paraître étonnants, à moins que les événements se soient effectivement déroulés ainsi et que les auteurs se soient simplement contentés de raconter ce qui s'était passé.
Je ferais d'ailleurs le même raisonnement concernant l'attribution des Evangiles. Le fait que ceux-ci soient attribués à Matthieu et à Marc, par exemple, est assez intéressant, car il ne s'agit pas de personnalités particulièrement connues dans l'Antiquité. En dehors de leur association avec la rédaction des Evangiles, on ne voit pas de raison particulière pour laquelle les premiers chrétiens auraient choisi précisément ces noms pour leur attribuer ces écrits.
Prenons l'exemple de l'Épître aux Hébreux. Il s'agit d'un texte pour lequel les premiers chrétiens ne semblaient pas certains de l'identité de son auteur. Certains avançaient une hypothèse, d'autres en proposaient une différente, sans qu'une attribution précise fasse véritablement consensus.
Pour les Evangiles, en revanche, nous ne retrouvons pas du tout ce genre de situation. Dès les premières sources chrétiennes, ils sont attribués aux mêmes personnes. Il semble donc que cette attribution ait été transmise dès les origines du christianisme.
On ne voit pas de raison particulière pour laquelle les premiers chrétiens auraient choisi Matthieu, Marc ou Luc si ces attributions avaient été inventées tardivement. Ce ne sont pas des personnages particulièrement célèbres par ailleurs. Marc est notamment connu pour avoir abandonné Paul au cours d'un voyage missionnaire. Quant à Matthieu, il était collecteur d'impôts, une fonction qui ne constituait pas nécessairement un profil idéal pour être présenté comme l'auteur de l'Evangile destiné aux Juifs.
Il existe donc plusieurs éléments qui rendent assez improbable l'hypothèse d'une attribution traditionnelle inventée tardivement, dans le but d'imposer des auteurs à des textes dont on aurait initialement ignoré l'origine.
C'est également se méprendre sur le fonctionnement des premières communautés chrétiennes que de penser qu'elles recevaient des textes sans se préoccuper le moins du monde de savoir qui les avait écrits. Il est donc vraisemblable que les textes circulaient dès leur origine avec une attribution à une personne qui en revendiquait la rédaction.
C'est précisément à ce stade que l'on constate que nous disposons tout de même de plusieurs pistes de réflexion lorsque nous examinons ces questions.
Il est normal que nous raisonnions en tant que personnes du 21e siècle et que nous projetions notre propre époque sur celle des premiers chrétiens. Nous nous disons : « Voilà, le christianisme est devenu quelque chose de considérable, c'est une religion qui dispose de moyens financiers et d'une certaine influence. » Nous avons alors tendance à interpréter les événements à la lumière de cette réalité.
Mais, si nous nous replaçons au Ier siècle, la situation était tout autre. Les disciples se cachaient et vivaient dans un contexte de persécution face à l'Empire romain. Il n'était absolument pas question de pouvoir ou d'influence.
Autrement dit, nous ne sommes pas dans la situation d'un gourou qui aurait organisé la propagation d'un mensonge, avec des disciples qui y adhéreraient tout en ayant beaucoup à gagner. Ce n'est tout simplement pas le contexte dans lequel se trouvaient les premiers chrétiens.
Nous devons également comprendre que tous ces éléments ne doivent pas être considérés de manière isolée. C'est un principe que l'on retrouve aussi dans la lecture des textes bibliques : on ne peut pas isoler un verset pour en déterminer le sens, sauf, par exemple, lorsqu'il s'agit d'une remarque ou d'une exhortation qui se suffit à elle-même.
Il arrive parfois que l'on accorde un poids excessif à un seul élément, alors qu'il faut plutôt considérer l'ensemble des données. Prenons quelques exemples : le fait que les femmes soient présentées comme les premières témoins de la résurrection, le fait que les disciples aient été prêts à en payer le prix, ou encore les différentes expériences qu'ils affirment avoir vécues avec Jésus. Ce sont autant d'éléments qui, mis ensemble, nous amènent à nous demander si les hypothèses naturalistes sont réellement tenables et si elles permettent véritablement d'expliquer les faits. Cela devient d'autant plus difficile lorsque l'on prend également en considération la fiabilité historique des Evangiles. Il ne semble donc pas raisonnable d'écarter ces derniers du débat lorsqu'il s'agit d'examiner la résurrection de Jésus.
Ce qui est intéressant, c'est que le Nouveau Testament aborde déjà toutes les hypothèses naturalistes. Il fait face à toutes les formes de scepticisme possibles.
Par exemple, on pourrait nous dire que les disciples ont simplement volé le corps de Jésus. Or, dans Matthieu 28, on voit justement qu'une telle rumeur s'était répandue.
Dans 1 Corinthiens 15, l'apôtre Paul pose également cette question : « Pourquoi dites-vous qu'il n'y a pas de résurrection des morts ? » Autrement dit, à l'époque, la résurrection était déjà considérée comme impossible en principe. Ce n'était pas seulement la résurrection du Christ qui posait problème, mais l'idée même que les morts puissent ressusciter. Paul devait donc déjà faire face à ce dilemme. Il devait également répondre aux théories du complot et tenir compte du fait que la crucifixion était considérée comme une mort honteuse. Les Romains avaient largement répandu cette idée dans les esprits depuis plus de 400 ans avant Jésus-Christ.
Par ailleurs, lorsque l'on constate que les disciples eux-mêmes ne reconnaissent pas immédiatement le Christ lorsqu'il se manifeste à eux, cela remet sérieusement en question la thèse de l'hallucination. En effet, dans le cas d'une hallucination, on pourrait s'attendre à ce que la personne reconnaisse immédiatement celle qu'elle croit voir. Or, ce n'est précisément pas ce qui se produit ici. Ainsi, chaque fois que le Christ se manifeste après sa résurrection, il se retrouve face au scepticisme de ses propres disciples.
Prenons l'exemple de Thomas, sans doute le plus connu des sceptiques parmi les disciples. Il déclare : « Je ne croirai que si je vois et si je touche le corps du Christ. » Et c'est précisément à lui que le Christ va ensuite se manifester.
Nous avons également le témoignage des femmes, alors que Flavius Josèphe affirme très explicitement que le témoignage des femmes ne devait pas être retenu. Il s'agit d'une question juridique et législative : leur témoignage n'était pas considéré comme recevable, comme je l'ai mentionné précédemment. Or, c'est précisément sur elles que repose le témoignage des premiers témoins de la Résurrection.
Autant d'éléments qui auraient paru hautement ridicules dans le contexte de l'époque. Si l'on avait voulu fonder une nouvelle religion, il aurait été pour le moins étrange de s'appuyer sur des éléments aussi peu convaincants aux yeux de la société de l'époque.
J'aimerais tout de même souligner une autre chose : Jésus-Christ n'a pas été crucifié par une minorité et défendu par une majorité, de sorte que cette majorité aurait ensuite décidé, d'un commun accord, d'inventer l'histoire de la Résurrection pour donner une fin heureuse à ses croyances. Le Christ a été crucifié avec l'approbation de l'ensemble du peuple. Autrement dit, il n'y avait aucun intérêt à faire ressusciter celui que le peuple de l'époque considérait comme un échec. D'une part, et d'autre part, les propres apôtres et disciples du Christ s'étaient détournés de lui. L'un l'a livré, un autre l'a renié et tous l'ont abandonné. Il n'y avait donc aucun intérêt à inventer une telle histoire.
Par la suite, l'Eglise a acquis du pouvoir. Mais, à l'époque, elle ne disposait d'aucun pouvoir politique ni d'aucune influence particulière. Au contraire, les premiers chrétiens étaient désignés comme ceux du Chemin, ceux de la Voie, et étaient considérés comme des personnes marginalisées. Il n'y avait donc aucun intérêt financier.
L'apôtre Paul était même obligé de travailler de ses propres mains. Il n'y avait pas davantage d'intérêt politique, puisqu'ils étaient persécutés aussi bien par les Romains que par les autorités juives. Les disciples du Christ n'avaient donc aucune raison évidente d'inventer une telle histoire.
Et, je terminerai par ceci : lorsque le Christ ressuscite et se présente à ses apôtres, je pense que, face aux différentes hypothèses naturalistes, la Résurrection constitue la seule explication véritablement viable pour comprendre l'émergence d'une Eglise aussi triomphante et prête à affronter le martyre dès le premier siècle.
Si l'on refuse cette explication, cela revient, en gros, à préférer une hypothèse improbable à celle d'un miracle. Autrement dit, à partir du moment où l'on pose comme présupposé que les morts ne ressuscitent pas, tout ce que l'on observe est nécessairement interprété à partir de cette conviction. J'applique ce raisonnement aux hypothèses naturalistes, car leurs partisans diront que, quelles que soient les explications avancées ou les observations présentées, il ne pourra jamais s'agir d'un miracle. Le miracle est donc rejeté a priori, ce qui rend impossible toute autre forme d'explication.
C'est un peu comme cette réflexion attribuée à Augustin, que j'avais déjà mentionnée ; « Pour celui qui veut croire, j'ai des arguments, pour celui qui ne veut pas croire, j'ai aussi des arguments. »
En ce qui concerne les hypothèses naturalistes, il y a deux choses que je voudrais mentionner.
Premièrement, si l'on examine directement leurs arguments, on constate que leurs thèses n'expliquent absolument pas la conversion de Paul. Selon son propre témoignage, rapporté dans les Actes des apôtres ainsi que dans deux de ses épîtres, Paul s'est converti à la suite d'une apparition du Christ. Il ne faisait pas partie des disciples qui avaient été particulièrement bouleversés par la mort du Christ et qui auraient souhaité le revoir. Pourtant, il prétend l'avoir vu. Son témoignage est également corroboré par le fait qu'il a été prêt à aller jusqu'au martyre. Paul ne faisait donc pas partie de cette petite communauté qui aurait pu être influencée par le charisme de Pierre, lequel aurait vécu une expérience psychique avant de finalement convaincre les autres d'y adhérer à leur tour. Paul prétend, lui aussi, avoir vécu une expérience tout aussi étonnante. Or, il n'était absolument pas prédisposé à adhérer à cette croyance. Si l'on examine son propre témoignage, qu'il reprend dans ses épîtres, notamment celles adressées à Timothée, ainsi que dans les Actes des apôtres et dans d'autres passages, on constate que les hypothèses naturalistes ne parviennent pas à expliquer sa conversion.
Deuxièmement, ces hypothèses avancent que le corps aurait été déplacé pour une raison ou une autre. Mais elles ne vont généralement pas plus loin dans l'examen de cette possibilité. Or, moins on donne de détails sur les circonstances qui auraient pu conduire au déplacement du corps, plus l'hypothèse peut sembler crédible. Pourtant, lorsqu'on examine les possibilités, elles ne sont pas si nombreuses. Soit les disciples ont eux-mêmes déplacé le corps. Dans ce cas, ils auraient été deux fois trompeurs : ils auraient non seulement inventé la Résurrection, mais auraient également entretenu délibérément ce mensonge. Mais pourquoi auraient-ils alors été prêts à subir le martyre ?
Soit des ennemis du christianisme, qu'il s'agisse des autorités juives ou des Romains, ont déplacé le corps. Mais, dans ce cas, il leur aurait suffi de le montrer pour mettre fin au christianisme dès ses débuts. Soit des voleurs l'ont fait. Mais pourquoi prendre le risque de voler un corps en présence d'une garde romaine, en pleine fête de Pâques, alors que Jérusalem était remplie de monde ? Et surtout, pourquoi voler un corps ? En règle générale, les voleurs de sépulcres cherchent à dérober des richesses, pas à repartir avec un cadavre. Quant au fait de laisser les linges sur place, soigneusement pliés, cela ne semble pas davantage correspondre à un vol ordinaire. Tout cela manque singulièrement de cohérence.
Autre chose que je voudrais souligner, toujours en lien avec la conversion de Paul, concerne la conception de la résurrection à l'époque. Pour les Juifs, la résurrection était un événement attendu à la toute fin des temps. Ce n'était pas quelque chose qu'ils s'attendaient à voir se produire au cours de l'histoire. Quant aux Grecs, comme on le constate notamment dans le discours de Paul face aux philosophes grecs, rapporté dans les Actes des apôtres, ils étaient plutôt enclins à considérer la résurrection physique comme impossible. Tout au plus, ils envisageaient une vie après la mort sous une forme immatérielle, voire, à la limite, une réincarnation, mais certainement pas le retour du corps à la vie. Sur ce point, N. T. Wright l'a très bien démontré dans son ouvrage "La Résurrection du Fils de Dieu". Je pense que son travail remarquable sur la question a profondément marqué les études consacrées à la résurrection. Mais, pour que des Juifs en viennent à croire qu'un homme avait ressuscité au cours de l'histoire, et qu'il s'agissait d'une résurrection définitive, après laquelle il ne mourrait plus jamais, il a nécessairement fallu quelque chose de très fort.
D'autant plus que les implications de cette croyance ont conduit ces Juifs à se rapprocher des païens et à partager leur vie avec eux. Or, ils avaient été élevés dans le respect de règles qui, en particulier pour Paul, impliquaient de ne même pas entrer sous le toit d'un païen, de ne pas partager sa nourriture, ses rites ou son mode de vie. Il existait dans l'Ancien Testament des prescriptions destinées à maintenir une séparation rigoureuse entre le peuple d'Israël et les autres peuples. Le changement de mode de vie des premiers chrétiens était donc profondément contre-intuitif, contre-culturel et contraire à tout ce dans quoi ils avaient été élevés. Pourtant, c'est précisément ce mode de vie qu'ils ont ensuite adopté. Il a donc fallu quelque chose de particulièrement fort, non seulement pour les convaincre qu'un homme était ressuscité, mais également pour que cet événement entraîne une transformation aussi profonde de leur existence. Et cela va bien au-delà du martyre ou de la persécution.
C'est toute leur vie qui a été réorientée d'une manière qui n'avait rien d'évident au regard de leur héritage juif. Il est particulièrement étonnant de constater qu'un Juif de cette époque en vienne à se rapprocher ainsi des païens, alors que les Juifs étaient généralement fiers de leur ascendance et de leur particularité. Paul lui-même affirme désormais considérer comme des ordures ce qui constituait auparavant un motif de fierté, alors qu'il était pourtant particulièrement bien placé pour s'en glorifier. Il y a donc, au-delà de leur disposition à subir la persécution, une véritable transformation de leur existence : un zèle, une consécration et une réorientation de toute leur vie. Ce changement est particulièrement étonnant si l'on considère qu'ils n'avaient pas vécu un événement absolument extraordinaire, susceptible de l'expliquer. Et, c'est lorsque l'on prend en compte l'ensemble de ces éléments que la question devient beaucoup plus complexe pour les hypothèses naturalistes. Le reproche que l'on peut notamment leur adresser, c'est qu'elles ont parfois tendance à écarter certains éléments en affirmant qu'ils relèvent simplement de la légende, ou qu'ils ont été ajoutés ultérieurement, précisément parce qu'ils sont difficiles à expliquer dans le cadre d'une hypothèse naturaliste. Mais, si l'on prend en considération l'ensemble des éléments mis en avant par les Evangiles, on est amené à une conclusion beaucoup plus favorable à la véracité des témoignages.
Il ne faut pas décontextualiser le miracle, ni oublier le contexte dans lequel il s'est produit.
Les Juifs étaient profondément monothéistes. Et cela est d'autant plus remarquable que cette période constitue probablement l'une des rares périodes entre l'Ancien et le Nouveau Testament durant lesquelles les Juifs ne se sont pas mêlés aux religions païennes de leurs voisins. On peut d'ailleurs leur reconnaître ce mérite : c'est l'un des moments de l'Histoire où ils font preuve d'une certaine fidélité envers le Dieu unique. Ils ne se mêlent ni aux croyances grecques ni aux croyances romaines.
C'est donc dans un contexte profondément monothéiste que va surgir l'idée d'adorer un homme appelé Jésus. Et il ne s'agissait pas de n'importe quels hommes, mais de personnes comme Paul, qui possédaient un bagage intellectuel, religieux et traditionnel particulièrement important.
A cela s'ajoute le changement considérable que le christianisme a apporté au sein d'une communauté profondément juive. Ce changement est difficilement explicable autrement. C'est d'ailleurs l'un des arguments avancés par N. T. Wright : il ne faut pas oublier que le jour d'adoration est passé du samedi au dimanche. Et ce changement est absolument extraordinaire, phénoménal.
C'est un peu comme si, aujourd'hui, le lundi devenait le jour du dimanche pour les chrétiens. Imaginez ce que cela impliquerait sur le plan social : cela signifierait que l'on ne travaillerait plus le lundi, et que ce jour serait désormais considéré d'une tout autre manière. Je fais ici une comparaison avec notre époque, car, à l'époque, c'est le samedi qui était le jour de référence, avant que le dimanche ne prenne cette place.
Mais ce que je veux souligner, c'est que les changements apportés par le christianisme, tant sur le plan théologique que pratique, sont considérables. Et, compte tenu du profil des personnes concernées, comme celui de l'apôtre Paul, il est difficile de réduire une telle transformation à une simple erreur ou de la balayer au moyen d'une hypothèse naturaliste peu convaincante. Il en va de même pour le calendrier que nous utilisons aujourd'hui, puisque nous sommes désormais au 21e siècle, à l'heure où je vous écris ce texte. Certes, les hypothèses naturalistes peuvent tenter d'expliquer un élément, puis un autre. Mais elles sont incapables de rendre compte de l'ensemble de ces arguments qui, mis bout à bout, permettent de comprendre l'émergence et l'essor de la foi chrétienne.
Je pense donc que le naturalisme n'a jamais véritablement tenu face à l'ensemble de ces éléments, et qu'il ne pourra pas davantage le faire, en raison de sa difficulté à expliquer l'essor du christianisme dans toute son ampleur.
Il faut relever que prétendre que Jésus a été aperçu vivant après sa mort, ce n'est pas la même chose que de prétendre que la reine d'Angleterre l'a été, ou que d'autres personnages connus auraient vécu une expérience similaire. En effet, Jésus prétendait précisément être quelqu'un d'exceptionnel. Il avait lui-même annoncé sa résurrection et revendiqué une identité hors du commun. C'est ainsi qu'il est présenté dans les sources de ses disciples et dans ses enseignements.
Si l'on voyait aujourd'hui la reine d'Angleterre vivante après sa mort, j'avoue que je ne saurais pas vraiment quoi en faire. Probablement qu'une religion ne se formerait pas spontanément autour de cet événement. Ou, en tout cas, elle ne disposerait pas immédiatement d'un contenu doctrinal très développé. Car cela ne correspond pas au type de personnage qu'était Jésus.
Il faut également ajouter que la notion d'une résurrection du Messie, même si elle ne faisait pas partie des attentes juives au Ier siècle, trouve néanmoins des échos dans l'Ancien Testament, à la lumière du Christ. Je peux notamment citer Esaïe 53, où il est dit, à propos du Serviteur de l'Eternel, qu'il livrera sa vie en sacrifice de culpabilité, et qu'ensuite il prolongera ses jours.
C'est plutôt étonnant : quelqu'un meurt en sacrifice, alors que, dans l'Ancien Testament, les sacrifices de culpabilité impliquaient la mise à mort de l'animal. Et pourtant, il est ensuite question de prolonger ses jours et de poursuivre une oeuvre au-delà de cette mort. Il existe donc également des éléments complémentaires dans l'Ancien Testament, écrits bien longtemps auparavant, qui prennent tout leur sens à la lumière du Christ ressuscité. Celui que je viens de citer n'est qu'un exemple, mais il y en aurait beaucoup d'autres à rassembler. Je pense que ces éléments doivent également être pris en considération lorsque l'on examine les allégations de miracles. Ce n'est pas quelque chose que la reine d'Angleterre pourrait produire aujourd'hui si elle ressuscitait, pas plus que n'importe quel autre personnage connu. Elle ne disposerait pas de tout un corpus de textes antérieurs à sa venue, témoignant d'une attente particulière envers un Sauveur et permettant, rétrospectivement, de reconnaître en elle une personne correspondant étonnamment à ces descriptions. Il y a donc quelque chose de particulier dans le cas du Christ : sa résurrection ne surgit pas au milieu de l'Histoire, comme un événement isolé ou dû au hasard. Je pense notamment au livre de Daniel, qui indique le temps de sa venue, de sa vie et de sa crucifixion, et qui, selon une certaine interprétation des temps à venir, évoque également des événements qui ne sont pas encore accomplis. Le Christ apparaît au sein d'un peuple juif préparé par un long corpus de textes qu'il considérait comme divins, et qui annonçaient la venue d'une personne exceptionnelle, appelée le Messie, destinée à accomplir bien davantage que la seule résurrection. Il est venu à un moment particulièrement difficile de l'histoire d'Israël, alors que sa venue était vivement attendue, au point que les mages eux-mêmes ont suivi l'étoile.
Les tensions internes, selon les naturalistes, au récit de la résurrection, peux-t-ont sortir au moins trois exemples ?
L'idée n'est pas de dire tout ce qui pourrait être dit, mais plutôt de montrer qu'il existe des éléments de réponse à certaines questions souvent soulevées par les naturalistes, qu'ils soient athées ou agnostiques. D'ailleurs, si ce sujet vous intéresse, n'hésitez pas à réagir dans les commentaires et à indiquer les thèmes sur lesquels vous aimeriez que je propose un développement plus approfondi.
Il existe trois problèmes qui, selon eux, diminuent la plausibilité de la Résurrection. Le premier concerne le fait que Jésus se cache.
Selon eux : « Jésus se montre seulement à ses disciples ou à certains d'entre eux. Pour que son apparition soit beaucoup plus crédible, il aurait dû se montrer à davantage de personnes : à Pilate, aux chefs juifs, aux Romains. Mais Jésus ne le fait pas. »
Est-ce réellement un problème ?
Le premier problème, comme je l'ai dit, c'est que Jésus semble en quelque sorte se cacher. Le deuxième, c'est qu'il n'apparaît pas très longtemps. Il repart finalement assez rapidement. C'est un peu la même critique.
Pourquoi ne pas avoir fait quelque chose de plus spectaculaire ? Pourquoi n'a-t-il pas plané au-dessus de Jérusalem pour que tout le monde puisse le voir ? Pourquoi n'est-il pas allé voir César ? Pourquoi n'a-t-il pas fait davantage de publicité autour de cet événement incroyable, puisqu'il en avait vraisemblablement le pouvoir, étant donné qu'il était capable de vaincre la mort ?
Voilà, en substance, la nature de cette critique.
La première chose que l'on peut relever, c'est que ce comportement est cohérent avec son ministère terrestre, tel qu'il nous est rapporté dans les Evangiles. Jésus n'a pas commencé à manifester des pouvoirs exceptionnels au moment de sa résurrection. Les récits des Evangiles nous rapportent déjà des actes extraordinaires de sa part. Et pourtant, on retrouve cette même discrétion. Parfois, il guérit un lépreux et lui demande de n'en parler à personne, mais simplement de se présenter au prêtre, comme le prescrit la loi de Moïse. Il n'avait donc pas une attitude particulièrement publicitaire à l'égard de ses miracles. C'est un premier élément à prendre en considération. Avant même de chercher à comprendre pourquoi Jésus agit ainsi, on peut constater que ce comportement est au moins cohérent avec le reste de sa vie, telle qu'elle nous est présentée dans les Evangiles : il ne cherchait pas à faire de la publicité autour de ses miracles. On peut également relever que Jésus laissait les personnes venir à lui dans la foi. Il ne cherchait pas à imposer l'adoration, et encore moins à obliger qui que ce soit à croire. La foi comporte aussi cette dimension de discrétion au coeur de l'homme. De même, l'Esprit murmure à l'oreille, il ne se manifeste pas nécessairement de manière bruyante. Mais je ne vais pas m'attarder sur ces aspects, car cela ne servirait pas à grand-chose de les approfondir ici, puisque je m'adresse à des personnes qui ne sont pas nécessairement croyantes.
D'ailleurs, pour reprendre ce que j'ai déjà mentionné, ce comportement fait également écho à certaines prophéties. Il nous est notamment annoncé que le Messie n'élèvera pas la voix dans les rues, et qu'il se manifestera avec une certaine discrétion.
Ensuite, une autre chose que j'aimerais souligner, c'est que nous sommes assez mal placés pour donner à Jésus des leçons d'efficacité sur la manière de fonder une religion destinée à se développer. Car, a priori, la religion fondée par Jésus a plutôt bien traversé l'Histoire. Donc, quoi que l'on pense de sa méthode, force est de constater qu'elle a porté ses fruits.
Mais, si je veux aller plus loin et examiner les raisons pour lesquelles Jésus a agi ainsi, que peut-on en dire ?
Ce que l'on comprend en lisant les Evangiles, c'est que Jésus ne cherche pas simplement à convaincre le plus grand nombre possible de personnes qu'il est le Messie.
On le voit, par exemple, après la multiplication des pains, lorsque la foule, qui souhaite le faire roi, reconnaît en lui une forme de Messie. Jésus se retire alors. Il traverse le lac en bateau et se rend ailleurs. Pourquoi ? Parce que l'on comprend que Jésus veut non seulement que les gens le reconnaissent comme le Messie, mais également qu'ils comprennent véritablement ce que signifie être le Messie.
S'il s'était présenté vivant devant César, celui-ci n'aurait-il pas simplement conclu qu'il s'agissait d'une divinité supplémentaire à intégrer dans son panthéon ? De nombreuses incompréhensions auraient pu surgir.
Autrement dit, ce que Jésus considère comme un besoin fondamental de l'humanité, ce n'est pas simplement de le reconnaître comme le Messie, mais de le reconnaître en comprenant véritablement ce que cela signifie, et en le faisant pour les bonnes raisons.
Or, dans les Evangiles, cette bonne raison implique nécessairement un changement de coeur. Autrement dit, le besoin de l'humanité, selon Jésus, n'est pas simplement celui d'un innocent qui se trouve en danger et qui aurait besoin de connaître le moyen d'échapper à ce danger. C'est celui d'un coupable qui a besoin de pardon.
Si l'on comprend bien le message du Christ, on peut alors considérer que le principal problème de l'homme n'est pas seulement une incertitude concernant l'existence de Dieu, mais également un problème moral : celui de sa soumission à la volonté de Dieu.
Et puisque, selon Jésus, le problème est double, ce qui pourrait sembler être une solution efficace au premier problème ne constitue pas nécessairement une solution efficace au second.
On voit d'ailleurs Jésus enseigner les foules au moyen de paraboles et de propos parfois énigmatiques. Lorsqu'on y prête attention, on constate qu'il répète à plusieurs reprises : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende », et qu'il invite également ceux qui ont des yeux à voir.
En réalité, Jésus veut que ses auditeurs soient attentifs, car il sait que les paraboles qu'il leur présente ne seront comprises que par ceux qui sont véritablement disposés à écouter. Son enseignement n'est pas toujours transparent, et tout le monde ne le comprend pas du premier coup. Et cela précisément parce qu'il veut que les personnes soient dans une bonne disposition intérieure pour recevoir son message. Il ne s'agit donc pas simplement de constater qu'un homme était mort et qu'il est maintenant ressuscité, puis d'en conclure qu'il doit être quelqu'un d'important. Il s'agit de comprendre quel est notre véritable besoin face à la mission du Christ, et pourquoi sa résurrection est si importante.
Voilà pourquoi on retrouve cette manière d'agir tout au long du ministère de Jésus.
Un autre exemple me vient à l'esprit. Lorsque Jésus se retrouve seul avec la Samaritaine, il lui dit très clairement, en Jean chapitre 4 : « Je suis le Messie, moi qui te parle. ». Il se montre ici particulièrement ouvert et direct, parce qu'il se trouve face à une personne qui, au fil de la conversation qui a précédé, s'est montrée disposée à l'écouter.
En revanche, lorsqu'il s'adresse aux foules, son discours est beaucoup plus énigmatique. Certes, il y a des moments où ses paroles sont parfaitement claires, mais, de manière générale, il s'exprime davantage par des propos énigmatiques, car il veut que ses auditeurs soient attentifs et véritablement disposés à comprendre. Si l'on veut savoir ce que Jésus pensait de cette question, on peut parfaitement ne pas être d'accord avec lui et considérer qu'il avait tort. Mais on ne peut pas nier que l'image du Christ qui nous est présentée dans les Evangiles soit précisément celle-là.
Jésus raconte notamment une histoire dans laquelle un homme se trouve dans l'au-delà et supplie Abraham de permettre à un mort de ressusciter pour être envoyé auprès de ses proches, afin de les avertir de ce qui les attend. Il s'agit de la parabole du riche et de Lazare. Dans cette histoire, Abraham lui répond que ses proches ont déjà Moïse et les prophètes, et qu'ils doivent les écouter. S'ils ne les écoutent pas, ils ne seront pas davantage convaincus, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts. On peut toujours objecter, une fois encore, que Jésus a tort de penser ainsi, et soutenir que, si un mort ressuscitait, les gens seraient forcément convaincus. Mais, quoi qu'il en soit, nous savons ce que Jésus enseignait selon les Evangiles. Et son comportement après sa résurrection, tel qu'il nous est rapporté dans ces mêmes Evangiles, apparaît donc tout à fait cohérent avec cet enseignement.
Une autre chose que je voudrais mentionner brièvement, ce sont les apparitions de Jésus sur une période de quarante jours, entre Pâques et la Pentecôte. Cette durée revêt une signification théologique. En effet, pour les Juifs, cette période avait un sens particulier. Jésus n'a donc pas choisi de rester quarante jours sur Terre simplement parce qu'au bout d'un mois, il commençait à s'ennuyer ! Il y avait une raison théologique à cette durée, qui permettait d'ancrer son ministère dans la tradition juive. Il est mort à Pâques, comme l'Agneau pascal sacrifié, puis il est ressuscité. Et, à la Pentecôte, il y a eu l'effusion du Saint-Esprit. Il existe donc un sens théologique lié à la durée et à l'étendue de ses apparitions. Ce n'est pas un choix arbitraire.
Je voudrais faire remarquer que les hypothèses naturalistes, quant à elles, n'ont pas de raison particulière d'expliquer une durée de cette nature.
Si l'on prend ces témoignages et qu'on les interprète comme des cas psychiatriques, pourquoi les personnes qui auraient halluciné au sujet du Christ, ou vécu des expériences psychiques, auraient-elles vécu ces expériences pendant une période aussi précise ?
En général, les patients sujets à des hallucinations présentent des troubles qui s'inscrivent dans la durée. Ce sont des situations qui peuvent nécessiter un traitement sur plusieurs années. Elles concernent notamment des personnes présentant certains profils psychologiques particuliers, et les symptômes peuvent évoluer avec le temps. Même lorsque des rémissions surviennent, elles ne se produisent pas nécessairement du jour au lendemain.
Il n'y a donc pas de raison évidente pour qu'une personne se mette à halluciner pendant un mois, puis cesse soudainement de le faire. Cette explication ne semble pas vraiment correspondre aux faits rapportés. Et cela sans même revenir sur le fait que les hallucinations, comme nous l'avons déjà évoqué, ne permettent pas d'expliquer les autres éléments, notamment la conversion de Paul.
Voilà donc pour cette question : pourquoi Jésus semble se cacher et pourquoi il quitte si rapidement ses disciples.
Nous allons maintenant aborder le troisième problème souvent évoqué. Certains mettent en avant le fait que certains récits mentionnent la présence de gardes, tandis que d'autres n'en parlent pas, ou encore les différences concernant le nombre de femmes, le nombre d'anges et les lieux où Jésus apparaît à ses disciples. Que peut-on répondre à ces prétendues contradictions ?
Je pense que, pour tous ces éléments, il ne s'agit pas de récits qui se contredisent, comme s'ils décrivaient des faits historiques mutuellement incompatibles.
En réalité, je prendrais plutôt le problème à l'envers. Si, au contraire, nous avions quatre récits absolument identiques, nous pourrions nous demander s'il ne s'agissait pas d'une fiction ou d'une oeuvre littéraire destinée à démontrer quelque chose de précis.
Ces incohérences apparentes montrent justement que nous avons affaire à des témoignages. Même aujourd'hui, lorsque plusieurs personnes racontent un événement auquel elles ont assisté, chacune peut ajouter certains détails, en omettre d'autres ou mettre davantage l'accent sur certains éléments plutôt que sur d'autres.
Finalement, ces différences sont précisément ce que l'on peut attendre de témoignages relativement indépendants. Lorsque la police recueille des témoignages à la suite d'un drame, elle a l'habitude de constater ce genre de différences entre les récits. Ces variations ne signifient pas nécessairement que les témoins se contredisent. Elles peuvent au contraire témoigner du caractère personnel de leurs récits.
La deuxième chose que je voudrais souligner, c'est qu'il y aurait effectivement une contradiction si un récit affirmait que le Christ n'est pas ressuscité, tandis qu'un autre affirmait qu'il est ressuscité, pour un même événement et dans le même sens. Là, oui, il y aurait véritablement matière à se poser des questions.
Mais les différences que nous rencontrons dans les Evangiles ne constituent pas nécessairement des contradictions. Par exemple, savoir si une ou deux personnes se sont rendues au tombeau n'est pas l'élément le plus important, et cela ne constitue pas en soi une contradiction. Il en va de même pour le nombre d'anges. Si un Evangile indique qu'il y avait un ange, tandis qu'un autre en mentionne deux, celui qui parle d'un ange n'est pas nécessairement en train d'exclure la présence d'un second. Il n'y a donc pas forcément de contradiction entre les deux récits.
Au contraire, je pense que ce genre de différences nous permet de constater que nous avons bien affaire à des témoignages, et qu'elles peuvent même renforcer la crédibilité de ceux-ci.
J'insiste sur ce point : si la situation avait été inverse, et que tous les récits avaient été absolument identiques, uniformes jusque dans les moindres détails, nous aurions alors eu de bonnes raisons de nous interroger sur leur fiabilité. Car, dans la réalité, les témoignages humains ne fonctionnent généralement pas ainsi. Des récits parfaitement identiques pourraient laisser penser que les témoins se sont mis d'accord à l'avance sur les mots à employer, comme s'ils avaient construit ensemble une scène ou un récit destiné à faire passer une version particulière des faits, plutôt que de rapporter chacun leur propre témoignage.
Oui, cela montre bien l'indépendance des sources. Si une personne s'était simplement contentée de copier le récit d'une autre, qui aurait elle-même copié celui d'une autre, on ne voit pas pourquoi elle aurait pris le soin de modifier certains détails, au risque de rendre son récit moins semblable au précédent et de faire apparaître des différences qui pourraient être perçues comme des contradictions.
On sait que, pour des événements comme le naufrage du Titanic, l'assassinat de Kennedy ou encore la chute des tours jumelles lors des attentats du 11 septembre, si l'on interroge les témoins présents sur place, ils peuvent raconter des choses assez différentes, notamment concernant les bruits qu'ils ont entendus. Cela ne signifie pas qu'ils mentent, ni même nécessairement qu'ils se trompent ou qu'ils ont tort. C'est simplement que, selon ce qu'ils ont aperçu, les informations auxquelles ils ont eu accès et les détails qu'ils ont retenus, chacun peut mettre l'accent sur des éléments différents. Certains choisissent de souligner ce qui les a particulièrement frappés, tandis que d'autres retiennent d'autres aspects de l'événement.
En ce qui concerne le naufrage du Titanic, par exemple, certains témoignages indiquent que le bateau s'est brisé en deux, tandis que d'autres laissent entendre qu'il a coulé d'un seul bloc. Ce sont pourtant des différences assez importantes. Malgré cela, personne ne remet en cause le fait que le Titanic a bien coulé à ce moment-là, ni que les personnes affirmant avoir assisté à son naufrage l'ont réellement vu couler.
Ainsi, le simple fait que plusieurs témoignages présentent des différences, voire des éléments difficiles à raccorder entre eux, ne suffit pas à remettre en cause leur crédibilité. Ce genre de variation n'est pas nécessairement significatif.
Il y a, par exemple, la question du nombre d'anges ou de femmes, que nous avons déjà évoquée. Ce n'est pas comme si l'un des auteurs avait affirmé « Il y avait absolument un seul ange », tandis qu'un autre aurait déclaré « Il y en avait absolument deux, et surtout pas trois. »
Pour les femmes, c'est encore plus clair, car nous pouvons le montrer à partir du texte lui-même. Dans l'Evangile de Jean, seule Marie-Madeleine est mentionnée. Pourtant, lorsqu'elle voit Jésus, elle dit : « Nous ne savons où ils l'ont mis. » Bien qu'elle soit la seule femme mentionnée dans ce passage, elle s'exprime comme si elle représentait un groupe de personnes qui s'étaient rendues au tombeau. Nous voyons donc que, même dans un récit où une seule femme est nommée, certains éléments indiquent qu'elles étaient peut-être plusieurs. Cela montre simplement que l'auteur a choisi de se concentrer sur un personnage plutôt que sur les autres. Et, encore une fois, il pouvait avoir des raisons tout à fait pertinentes de privilégier cet aspect.
Je voudrais également mentionner un élément en passant : l'un des auteurs précise que les anges se trouvaient l'un à droite et l'autre à gauche du sépulcre. Pour un Juif, cette disposition pouvait faire écho au Temple, où les chérubins se trouvaient de part et d'autre de l'arche de l'Alliance. Cela rappelait également le tabernacle, avec les représentations des chérubins. Il y a donc aussi un sens théologique derrière ces précisions.
Il ne faut donc pas simplement relever les différences en disant : « Ah, celui-ci en mentionne deux, tandis que l'autre n'en mentionne qu'un. » Il est tout à fait possible qu'à un moment donné, un ange en particulier ait pris la parole devant les femmes, et qu'à un autre moment, elles en aient vu deux à un endroit précis. La présence de ces deux anges à cet endroit pouvait avoir un sens théologique particulier. L'auteur a donc jugé pertinent de rapporter ce détail en fonction de l'accent qu'il souhaitait mettre dans son Evangile.
Ceux qui étudient attentivement les Evangiles savent que ce phénomène ne se limite pas aux récits de la Résurrection. De manière générale, chaque Evangile met en avant certains détails que les autres ne mentionnent pas toujours, notamment pour des raisons théologiques et afin de transmettre un enseignement particulier.
Je rappelle que les Evangiles n'ont pas été écrits uniquement pour convaincre un public sceptique que Jésus était ressuscité. Ils avaient également pour but d'enseigner les chrétiens qui avaient déjà entendu le témoignage de la Résurrection, afin de leur faire comprendre le sens de ce qui s'était produit.
Encore une fois, le sens est presque aussi important que le fait lui-même, même si cela ne remet absolument pas en cause l'importance de ce dernier. Le fait est essentiel. Mais, le sens l'est tout autant, voire davantage. Si la reine d'Angleterre ressuscitait, nous ne saurions pas vraiment quoi en faire. En revanche, si Jésus ressuscite, avec toute la signification que cet événement revêt, alors cela change tout.
Un autre élément est parfois avancé comme argument : certains disent qu'il est difficile de comprendre les déplacements rapportés dans les Evangiles. Jésus apparaît en Galilée dans certains récits, puis à Jérusalem dans d'autres, avant de se manifester à nouveau en Galilée. Ces allers-retours sont alors présentés comme quelque chose d'absolument improbable : pourquoi les disciples auraient-ils effectué de tels déplacements ?
Je rappelle que nous nous situons entre la Pâque et la Pentecôte. Or, ces deux fêtes juives étaient des célébrations importantes, auxquelles les Juifs étaient tenus de participer conformément à la Loi. Ils devaient donc se rendre à Jérusalem depuis leur lieu d'habitation. Et que faisaient les Juifs à cette période de l'année ? Ils se déplaçaient pour assister à ces fêtes.
Nous savons que les disciples étaient galiléens. Ils pouvaient donc partir de Galilée pour se rendre à Jérusalem à l'occasion de la Pâque, retourner ensuite en Galilée entre les deux fêtes, puis revenir à Jérusalem pour la Pentecôte. Ces déplacements sont tout à fait cohérents avec les habitudes des foules qui se rendaient à Jérusalem à cette période. Il s'agissait d'allers-retours attendus, et même prescrits par la Loi : les Juifs devaient se rendre plusieurs fois par an à Jérusalem pour célébrer les fêtes.
Or, la Pâque et la Pentecôte étant deux fêtes relativement rapprochées dans le calendrier, les déplacements entre la Galilée et Jérusalem pouvaient eux-mêmes se succéder sur une période assez courte. Il n'est donc pas du tout étonnant que Jésus soit apparu à ses disciples en Galilée, puis à Jérusalem, et à nouveau en Galilée. Cette reconstitution ne nécessite pas de recourir à des hypothèses complètement improbables ou farfelues. Elle correspond au contraire à des déplacements tout à fait plausibles, et même attendus, à cette période de l'année.
Pour une dernière sur les 500 témoins ?
Un autre élément mérite également d'être abordé : les 500 témoins de la Résurrection mentionnés par l'apôtre Paul dans sa première épître aux Corinthiens, au chapitre 15. Paul rapporte que Jésus est apparu à plus de 500 frères à la fois. Il précise qu'une partie d'entre eux sont déjà morts, tandis que la plupart sont encore vivants au moment où il écrit.
Cependant, il ne faut pas comprendre cette mention comme si Paul cherchait simplement à fournir une liste de personnes que ses lecteurs pourraient aller interroger pour vérifier la véracité de ses propos. Les premiers destinataires de cette épître n'étaient pas nécessairement à la recherche de témoins oculaires, puisque Paul en était lui-même un. L'apôtre Pierre l'était également, et je le mentionne à juste titre, car certains Corinthiens affirmaient justement leur attachement à Pierre. Dans la première épître aux Corinthiens, nous lisons que certains disaient : « Moi, je suis de Céphas ». Ils se réclamaient donc de son autorité et de son enseignement. Or, Pierre était lui aussi un témoin de la Résurrection du Christ. Les Corinthiens avaient donc déjà accès à des témoignages apostoliques directs. Ils n'étaient pas dépourvus de témoins oculaires auxquels se référer.
Le but de Paul, en mentionnant ces 500 témoins, n'était donc pas simplement de faire une démonstration apologétique fondée sur la possibilité de retrouver chacun d'entre eux. D'ailleurs, certains sceptiques avancent que, même si quelqu'un avait voulu interroger l'un de ces 500 témoins, cela aurait été très difficile, voire impossible, en raison du coût des déplacements et de la difficulté à retrouver ces personnes.
Je pense qu'il s'agit là d'une vision assez erronée du contexte historique. Tout d'abord, voyager dans l'Empire romain n'était pas nécessairement aussi coûteux ou difficile qu'on pourrait le croire. La Pax Romana favorisait les déplacements à travers l'Empire, notamment grâce à un réseau routier développé et entretenu. Il existait donc différentes possibilités de voyager et de se rendre d'une région à une autre. Ensuite, retrouver l'un de ces 500 témoins n'était pas forcément aussi compliqué qu'on pourrait l'imaginer, et cela pour au moins deux raisons.
La première se trouve dans le contexte même du christianisme primitif : les chrétiens et les Eglises étaient organisés en réseau. Les apôtres se déplaçaient d'une Eglise à l'autre, mais les chrétiens eux-mêmes voyageaient également pour rendre visite à leurs frères dans d'autres communautés. Paul encourage d'ailleurs les croyants à exercer l'hospitalité envers leurs frères. Il existait donc des liens entre les différentes communautés chrétiennes, ainsi que des échanges et des déplacements réguliers. Dans ces conditions, retrouver des personnes ayant été témoins de la Résurrection n'était pas nécessairement impossible.
La deuxième explication est un peu plus spéculative, je le reconnais. Les premiers chrétiens ont dû quitter Jérusalem à la suite des persécutions. Il n'est donc pas improbable que certains d'entre eux se soient établis à Corinthe ou dans des régions plus proches de cette ville. Il est ainsi possible que des témoins ou des personnes ayant connu ces témoins aient été accessibles sans devoir nécessairement se rendre jusqu'à Jérusalem. Nous avons donc plusieurs éléments liés au contexte historique qui permettent de comprendre que ces 500 témoins n'étaient pas forcément aussi inaccessibles qu'on pourrait le penser.
Mais, j'en reviens à l'intention de l'apôtre Paul. Son objectif n'était pas simplement de dresser une liste de personnes à interroger, puisqu'il était lui-même un témoin de la Résurrection. Il y a également un autre élément que je voudrais évoquer avec prudence : avant de devenir l'apôtre Paul, il était Saul, un homme qui persécutait activement les chrétiens. Les Actes des Apôtres nous le rapportent clairement (Actes 8:3 ; 9:1-2).
Saul connaissait donc le mouvement chrétien et avait certainement entendu parler de ses affirmations concernant Jésus. Par ailleurs, son statut de citoyen romain le plaçait dans un environnement où les institutions et les pratiques administratives romaines lui étaient familières. Les Romains pratiquaient notamment le recensement (census), qui permettait d'enregistrer les citoyens, leurs familles et leurs biens. Le droit romain connaissait également les témoignages devant les tribunaux et accordait une importance particulière à la crédibilité des témoins. Il est donc possible que Saul, devenu Paul, ait été familiarisé avec certaines pratiques de la société romaine concernant les recensements et les témoignages. Il pouvait ainsi comprendre l'importance que pouvait avoir le fait d'avancer un nombre précis de témoins dans une argumentation. Mais, sur ce dernier point, je tiens à rester prudent : nous ne pouvons pas affirmer que Paul a personnellement vérifié ou contrôlé le décompte de ces 500 personnes. Le nombre de 500 nous est rapporté par Paul dans son témoignage ; il ne s'agit pas d'un procès-verbal romain attestant qu'un comptage officiel aurait été effectué.
Un autre élément vient compléter cette réflexion. En effet, dans la deuxième épître aux Corinthiens, notamment aux chapitres 8 et 9, Paul consacre plusieurs passages à une collecte destinée aux chrétiens de Jérusalem, qui traversaient une période de difficultés. Il est possible que ces difficultés soient liées à la famine ou à des événements similaires. Paul explique aux Corinthiens la situation de leurs frères et les encourage à organiser une collecte. Il est même question de désigner des personnes chargées d'accompagner le don et d'effectuer le déplacement jusqu'à Jérusalem. Cela signifie que les échanges entre Corinthe et Jérusalem ne sont pas simplement une hypothèse spéculative. Ils sont concrètement envisagés et organisés dans les épîtres aux Corinthiens elles-mêmes. Les sources qui nous transmettent le témoignage des 500 personnes attestent donc également que de tels déplacements étaient prévus et considérés comme réalisables à cette époque.
Il faut aussi comprendre que retrouver 500 chrétiens au sein de la communauté de Jérusalem n'était pas comparable au fait de devoir trouver 500 personnes prises au hasard dans une grande ville. D'après le livre des Actes, les premiers chrétiens de Jérusalem vivaient dans une communauté particulièrement soudée. Ils partageaient leurs biens, vendaient leurs propriétés et mettaient leurs ressources en commun afin de subvenir aux besoins de chacun. Il existait donc entre eux des liens communautaires très forts.
Dans un tel contexte, retrouver un témoin parmi ces 500 personnes, ou au moins quelqu'un qui connaissait personnellement l'un de ces témoins et pouvait permettre de le rencontrer, n'avait rien d'impossible. Il ne s'agissait pas de rechercher une personne isolée au milieu d'une population immense, mais de retrouver quelqu'un au sein d'une communauté chrétienne organisée et relativement unie.
Un autre point mérite particulièrement notre attention : la première épître aux Corinthiens est généralement considérée comme l'un des documents les plus anciens du Nouveau Testament. Il s'agit donc d'un texte particulièrement proche des événements auxquels il fait référence.
Or, dans le chapitre 15, lorsque Paul rapporte ce que l'on appelle traditionnellement la confession de foi primitive, il précise lui-même qu'il a reçu cette tradition et qu'il l'a ensuite transmise aux Corinthiens. Il leur demande de rester fidèles à cet Evangile, dans les termes mêmes où il le leur a annoncé. Il leur rappelle ainsi un enseignement qu'ils avaient déjà reçu lors de son passage parmi eux. Cette confession de foi est particulièrement intéressante, car elle ne se limite pas à affirmer que Jésus est mort et qu'il a été enseveli. Elle mentionne également qu'il est ressuscité le troisième jour, qu'il est apparu à Céphas, puis aux Douze, et ensuite à plus de 500 frères à la fois, avant de mentionner d'autres apparitions.
Paul ne précise pas exactement dans quelles circonstances il a reçu cette tradition. Il est possible qu'il l'ait reçue lors de ses contacts avec les premiers apôtres à Jérusalem, comme il le rapporte dans les premiers chapitres de l'épître aux Galates, où il mentionne notamment sa rencontre avec Pierre et Jacques. Il est également possible que certains éléments de sa prédication lui aient été communiqués autrement. Paul affirme par ailleurs avoir reçu son Evangile par révélation de Jésus-Christ, mais il ne précise pas que cette révélation serait précisément à l'origine de la confession qu'il rapporte en 1 Corinthiens 15. Il faut donc reconnaître que nous ne connaissons pas avec certitude les circonstances exactes dans lesquelles il a reçu cette tradition.
Ce que nous savons, en revanche, c'est que Paul considère cet enseignement comme suffisamment ancien et établi pour le transmettre aux Corinthiens comme un fondement de leur foi. Il s'attend à ce qu'ils le connaissent déjà, puisqu'il leur rappelle qu'ils l'ont reçu et qu'ils doivent le retenir dans les termes où il le leur a annoncé.
Cela nous amène à un point particulièrement intéressant concernant les hypothèses d'hallucinations. La mention des 500 témoins n'apparaît pas dans un récit tardif, écrit plusieurs décennies après les événements et qui aurait progressivement enrichi son histoire de nouveaux détails. Elle figure déjà dans l'une des traditions les plus anciennes sur la Résurrection dont nous disposons. Autrement dit, le témoignage d'un grand nombre de personnes apparaît très tôt dans la transmission chrétienne. Nous ne sommes donc pas face à une tradition qui aurait commencé par raconter l'expérience isolée d'une seule personne, laquelle aurait ensuite progressivement convaincu les autres, jusqu'à ce que le récit finisse par évoquer un groupe de témoins. La mention des 500 frères appartient déjà à cette tradition ancienne que Paul transmet aux Corinthiens.
C'est un élément important à prendre en considération lorsqu'on examine les différentes hypothèses avancées pour expliquer la naissance de la foi en la Résurrection.
Le texte le plus ancien dont nous disposons est donc aussi celui qui mentionne le plus grand nombre de témoins. Et cela mérite que l'on s'y arrête. En effet, si nous étions face à un phénomène d'exagération progressive, nous pourrions plutôt nous attendre au scénario inverse : le premier texte mentionnerait un seul témoin, puis les textes suivants ajouteraient progressivement d'autres personnes, jusqu'à ce que le récit finisse par évoquer des apparitions à des centaines, voire à des milliers de personnes.
Or, ce n'est pas ce que nous observons. La mention des 500 témoins apparaît déjà dans l'une des traditions les plus anciennes dont nous disposons. Et cette mention est particulièrement intéressante, précisément parce qu'elle ne se retrouve pas dans les mêmes termes dans les autres récits.
C'est au point que certains spécialistes sceptiques reconnaissent, sur la base de l'ancienneté de cette confession rapportée par Paul, que les affirmations concernant la Résurrection du Christ ont commencé à circuler très tôt, vraisemblablement un ou deux ans après sa mort. Je pense personnellement que cette tradition remonte encore plus tôt, et qu'il n'y a pas de raison particulière de repousser sa circulation jusqu'à un ou deux ans après les événements. Mais, même des chercheurs sceptiques, comme Bart Ehrman, reconnaissent que l'ancienneté de ce texte d'1 Corinthiens 15 témoigne d'une transmission très précoce des affirmations relatives à la Résurrection. Et, encore une fois, la version qui nous est transmise dans cette tradition ancienne comporte déjà plusieurs apparitions à différents groupes de personnes. Paul indique que Jésus est apparu d'abord à Céphas, puis aux Douze, ensuite à plus de 500 frères à la fois, puis à Jacques et à tous les apôtres, avant de lui apparaître également à lui-même.
Ainsi, la plus ancienne mention de la Résurrection du Christ dont nous disposons comporte déjà plusieurs apparitions et fait état d'un très grand nombre de témoins. C'est un élément auquel on ne s'attendrait pas nécessairement si le récit s'était progressivement enrichi au fil du temps par l'ajout de témoins et d'apparitions de plus en plus extraordinaires.
Je sais que certaines personnes vont répondre : « Oui, mais l'Evangile de Marc est généralement considéré comme le plus ancien des quatre Evangiles, et il rapporte relativement peu d'apparitions de Jésus après sa Résurrection. Puis, dans les autres Evangiles, les récits deviennent plus développés. »
Mais il faut rappeler que la première épître aux Corinthiens est antérieure à l'Evangile de Marc. Or, elle rapporte déjà plusieurs apparitions et mentionne un groupe de plus de 500 personnes. Il ne faut donc pas oublier que, bien avant la rédaction des Evangiles, nous disposons déjà d'un témoignage écrit qui fait état de nombreuses apparitions du Christ ressuscité.
Le but de l'apôtre Paul est avant tout de montrer l'importance et la signification de la Résurrection du Christ. En effet, si le Christ n'est pas ressuscité, Paul affirme que notre foi est vaine. Et, il est intéressant de remarquer qu'il ne raisonne pas de la même manière en prenant comme exemple les autres résurrections rapportées dans les Ecritures.
Il ne dit pas : « Si Lazare n'est pas ressuscité, notre foi est vaine. » Il ne dit pas non plus : « Si la fille unique de Jaïrus n'est pas ressuscitée, vaine est notre foi. »
Paul ne raisonne pas ainsi. Il affirme simplement : « Si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine » (1 Corinthiens 15:14).
Pourquoi ? Parce que la Résurrection du Christ occupe une place absolument centrale dans la foi chrétienne. Elle n'est pas un miracle parmi d'autres. Elle est le fondement même de la prédication apostolique et de l'espérance chrétienne. Paul sait également très bien que les témoins de la Résurrection finiront par mourir. Il le mentionne d'ailleurs lorsqu'il précise que certains des 500 témoins sont déjà morts. Pourtant, cela ne remet pas en cause l'importance de leur témoignage. Il y a même une certaine ironie dans cette situation : les témoins de la Résurrection sont eux-mêmes mortels. Paul sait donc que ces personnes ne seront pas éternellement présentes pour témoigner directement de ce qu'elles ont vu. Il lui faut ainsi transmettre des arguments et des enseignements sur la Résurrection qui puissent perdurer, même après la disparition des témoins oculaires.
C'est précisément dans cette perspective que le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens est particulièrement intéressant. Paul ne cherche pas simplement à dresser une liste de témoins que ses lecteurs pourraient éventuellement retrouver. Il s'attarde surtout à expliquer les raisons théologiques pour lesquelles la Résurrection du Christ est indispensable à la foi chrétienne, ainsi que toutes les conséquences qu'elle entraîne.
Je terminerai avec une réflexion attribuée au théologien Scott Holland, si je ne me trompe pas. Il exprimait cette idée en disant qu'avec le Christ ressuscité, ce n'est pas simplement un corps qui est ressuscité, mais tout un message. La Résurrection du Christ n'est pas la cerise sur le gâteau de l'Evangile : elle est l'Evangile lui-même.
Augustin, quant à lui, reprend avec ironie une formule de l'apôtre Paul lorsqu'il évoque ceux qui disent : « Mangeons et buvons, car demain nous mourrons. » Il en inverse le sens dans la perspective de la Résurrection : « Mangeons et buvons, car demain nous ressusciterons. »
Voilà pourquoi la Résurrection constitue le cœur de la foi chrétienne. Et c'est bien ce que Paul cherche à démontrer dans ce chapitre : non pas simplement établir une liste de témoins qu'il serait possible de retrouver à une époque où les réseaux sociaux n'existaient pas, mais expliquer en profondeur ce que signifie la Résurrection du Christ et pourquoi elle est absolument essentielle à notre foi.
J'ajouterais une dernière réflexion en rapport avec ce thème de la Résurrection du Christ envers les athées, agnostiques qui sont septiques ou naturaliste, en répondant pour eux ; dont je peux sortir d'autres aspect de réflexion pour différentes personnes.
La Résurrection du Christ nous donne la possibilité de croire en une véritable justice. Elle nous rappelle que personne n'échappera définitivement à la justice de Dieu et que Dieu finira par faire justice. C'est d'ailleurs, à mon sens, l'un des premiers messages que nous transmet la Résurrection de Jésus-Christ. Jésus-Christ était l'homme parfait, l'homme innocent, celui qui ne méritait pas de mourir. Et c'est précisément pour cette raison que Dieu l'a ressuscité : parce qu'il était innocent. La Résurrection proclame ainsi que Dieu ne laisse pas l'injustice avoir le dernier mot. Elle nous annonce qu'il y a un juste Juge qui rendra justice.
Et, dans une société comme la nôtre, où les individus sont particulièrement sensibles aux questions de justice, où l'on réclame constamment que justice soit faite, où nous sommes, en d'autres termes, profondément assoiffés de justice, le message de la Résurrection répond parfaitement à une attente de notre époque. Il existe un juste Juge, et celui-ci fera justice.
Maintenant, et je terminerai avec cela, il faudrait toutefois être du bon côté. Car, si Dieu fait justice, qui pourra en sortir indemne ? Le seul moyen d'être réconcilié avec Dieu est précisément de placer notre confiance en celui qui est revenu d'entre les morts, et dont la Résurrection annonce également notre propre résurrection. Celui qui est ressuscité porte un message qui demeure vivant : celui de la réconciliation entre Dieu et les hommes.
Voilà, je voulais simplement apporter cette dernière réflexion, qui me semble nécessaire. Mon intention n'est pas seulement de défendre un événement historique, mais aussi de montrer que cet événement porte un message transcendant, qui demeure pleinement actuel aujourd'hui. Amen.

Puisque les témoins de la Résurrection sont fiables, puisqu'ils n'avaient pas de raison de mentir, et puisque, à mon sens, la conclusion la plus vraisemblable est bien que le Christ est ressuscité, je pense qu'il est important de garder à l'esprit le problème de l'humanité que nous avons évoqué précédemment.
Selon Jésus, le problème de l'homme ne se limite pas à une incertitude concernant Dieu : qui est-il, comment faut-il l'adorer, existe-t-il réellement ? C'est aussi un problème moral. Et le message du Christ, y compris sa Résurrection, concerne précisément ces deux dimensions.
Ainsi, si nous nous contentons de traiter uniquement de l'événement historique, comme nous l'avons fait dans cet article, nous n'abordons finalement que la surface du sujet, même si cette démarche est indispensable. Si Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine. Mais, si Christ est ressuscité, alors il reste encore beaucoup à dire sur la signification de cet événement. La Résurrection nous enseigne certes que la mort n'est pas le point final de l'existence, mais elle signifie bien davantage que cela. Elle nous renvoie notamment au problème moral de l'homme et donne une tout autre importance à l'œuvre du Christ ainsi qu'à tout ce qu'il a déclaré à son propre sujet. Dès lors, Jésus n'est plus simplement un homme particulièrement sage, une personnalité qui a exercé une influence considérable sur l'histoire ou le fondateur d'une religion devenue, comme nous pouvons le constater, extrêmement influente. Il a lui-même formulé des affirmations absolument extraordinaires à son sujet. Et, si la Résurrection est réelle, ces affirmations prennent une importance tout autre : elles méritent que nous les prenions pleinement au sérieux.
C'est au point que j'en ai parlé dans un article écrit en 2021, cette formule : « Soit c'est une légende, soit un menteur, soit un insensé, ou alors il est Seigneur et Dieu. » Et, encore une fois, les autres hypothèses, à l'exception de la dernière, peuvent être écartées assez simplement. Mais, si tel est le cas, nous avons tout intérêt à écouter ce qu'il a également à nous dire sur nous-mêmes, et notamment sur le diagnostic qu'il pose sur la condition humaine. C'est peut-être davantage le travail du pasteur que celui d'un article consacré à la Résurrection, mais cela me semble néanmoins essentiel lorsqu'on aborde ce sujet. La fin du chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens nous invite à nous réjouir de cette réalité : la mort n'aura pas le dernier mot. Paul poursuit avec ces paroles : « O mort, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? L'aiguillon de la mort, c'est le péché ; et la puissance du péché, c'est la loi. Mais grâces soient rendues à Dieu, qui nous donne la victoire par notre Seigneur Jésus-Christ ! » (1 Corinthiens 15:55-57).
C'est aussi cela que je souhaite proclamer : le réconfort que nous apporte la Résurrection de Jésus, c'est que nous n'avons plus à craindre la mort, ni ce qui vient après elle. Grâce à sa vie, à sa mort et à sa Résurrection, nous pouvons avoir cette assurance : la mort n'est pas notre destinée finale, et elle ne peut plus avoir le dernier mot sur ceux qui appartiennent au Christ.